Agora Zéro

Éric Arlix & Frédéric Moulin
Littérature
Format 11 x 17 cm, 96 pages, 10 euros
Mars 2019 / isbn : 978-2-9561782-1-7

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60 rue Édouard Vaillant 94140 Alfortville


AGORA ZÉRO est un court roman écrit à quatre mains, une plongée au coeur de la « nouvelle civilisation » rêvée par les libertariens de la Silicon Valley. C’est aussi une histoire de fantômes : ceux de l’ancienne Athènes, où le procès truqué des stratèges des Arginuses, préfiguration de la condamnation de Socrate, sept ans plus tard, contribua à la défiance manifestée par les philosophes grecs envers leur démocratie, à quoi ils opposèrent une conception déjà « cybernétique » de la gestion de la cité comme des relations entre ses membres.

Éric Arlix
est écrivain, Agora Zéro est son onzième livre publié.
http://www.ericarlix.net

Frédéric Moulin
a publié le roman Valeurs ajoutées (IMHO, 2010) et contribué aux ouvrages collectifs Mutantisme: Patch 1 .2 (Caméras Animales, 2016), Rue des lignes 2013 (Zadig Buchhandlung, Berlin, 2013) et Ballade de Berlin à brèche+8 (Fabrice Benoit, 1999). Sur le web avec fm+emd : MutantsAnachroniques: stase.org (2005). En cours sur D-Fiction: Les Statuts de K., « ABC de la ségrégation » traité sur le mode fictionnel.

Extrait :
… Au commencement étaient les corps. En plein petit-déjeuner Alex les voit, pathétiques, dérivant dans l’immensité noire de l’espace, vomis en grappes par les flancs de vaisseaux éventrés. D’une obscurité glacée à l’autre, les mots ont muté depuis les temps lointains où Athéniens et Spartiates s’affrontèrent sur les flots rougis de la mer Egée. Difficile pour Alex de penser au mot « vaisseau »  sans entendre résonner dans sa tête J’ai vu des choses que vous autres ne croiriez pas. Des vaisseaux en flammes sur le Baudrier d’Orion. J’ai vu des rayons cosmiques scintiller près de la Porte de Tannhäuser. Tous ces instants seront perdus… dans le temps… comme les larmes… dans la pluie. Pourtant Eon l’a dit, pourquoi se gargariser d’immensités intergalactiques quand ces mêmes profondeurs liquides dont les trières de l’Antiquité égratignaient juste la surface sont là, riches de possibilités renouvelées, à portée de main ?  Alors qu’un nuage gigantesque de pollution englobe déjà la mégapole, Alex contemple ce spectacle sur sa terrasse, comme l’on admire une carte postale aux couleurs saturées par le temps, son lait de soja survitaminé en main, les yeux fixés sur ce nuage qu’il se plaît à considérer à ce moment précis comme une entité d’un autre monde infligeant à ses prisonniers une torture douce et lente depuis des décennies. L’hélicoptère qui le transportera d’ici quelques heures devra s’extraire de ce nuage. Alex voit les visages, ou plutôt le visage, il distingue parfaitement le scintillement des globes oculaires figés à la surface d’une mer qui n’est pas d’huile, les bouches de cette unique face blême semblable au ventre mou d’un poulpe, yeux préhensiles et bouches-ventouses confondus, c’est le visage du peuple lorsqu’il crie vengeance qu’Alex perçoit. Il ne peut faire refluer ces images, ces corps, ces visages. La bataille des Arginuses fut l’un des plus éclatants succès militaires de l’histoire d’Athènes, épisode d’une guerre qui depuis plus d’un quart de siècle opposait la cité qui inventa la démocratie à Sparte et ses alliés. Pour toute récompense, les généraux commandant la flotte athénienne lors de cette victoire se voient limogés, au motif d’avoir manqué à leurs devoirs envers le peuple…