
Prendre l’avion ou sauver la planète ?
Dit-elle — de ces questions
Qui accouchent d’elles-mêmes, automatiquement,
Comme c’est aujourd’hui le cas avec leurs nouvelles « intelligences » mais aussi directement dans les nôtres : nos intelligences humaines dé-génératives, altérées (du fait de la médiation, en soi et pour soi, a achevé de cannibaliser émetteur et récepteur) par les ondes charriant nos paroles.
Une personne humaine à la radio, ayant pris acte d’un fait (l’été, les vacances) ouvre la bouche, et la formule en sort naturellement, toute armée, telle une Minerve du crâne de Jupiter. La journaliste (chroniqueuse ?) se demande donc s’il faut choisir :
Prendre l’avion ou sauver la planète ?
En ces termes,
Qui ne font pas question.
S’il y a question, les termes de l’équation, eux, apparaissent incontestables dans leur rapport.
Entendant cette question —
Prendre l’avion ou sauver la planète ?
Sur le moment aucune idée particulière ne me vient à l’esprit, pas la moindre réflexion articulée, sans même parler de prétendre y apporter une réponse : pas la moindre idée, donc.
Juste une image…
J’entends « la planète » et je vois alors cette espèce de boule posée sur le sol (quel sol ? sur une table peut-être ?…) qui apparaît absolument distincte et séparée de moi comme de la personne qui a posé la question :
Prendre l’avion ou sauver la planète ?
Je visualise quelque chose comme une boule de bowling, quelque chose d’assez gros et qu’on s’attendrait à voir rouler de-ci de-là, de façon hasardeuse, par l’effet de quelque force d’origine inconnue : aussi mystérieuse que l’échelle à laquelle je visualise tout cela, qui est celle des rêves et de certaines projections mentales — de même je vois « la planète » sans pour autant pouvoir affirmer qu’elle est, vous savez, bleue.

L’orbe impérial était d’or —
Comme le silence, qu’impose la présence des rois.
Les grands de ce monde tenaient l’univers dans le creux de leur main avant même que « la planète » ne soit devenue (ou redevenue) ronde.
La sphère armillaire précède le globe terrestre.
Qui n’est pas « la planète » car un globe terrestre n’a pas vocation à être sauvé.
Seule « la planète » a vocation à être sauvée.
Ou les femmes perdues si l’on s’appelle Van Gogh ou Dostoïevski.
Sauver prouve qu’on est vertueux.

Étrange.
C’est une femme, Ayn Rand, Russe émigrée aux États-Unis, qui a fourni leur Bible aux mâles Alpha de l’Imperium hypertechnologique, un roman qu’elle choisit d’intituler : Atlas shrugged.
Comment fait-on pour hausser les épaules quand on ploie déjà sous le poids du monde, je me demande — mais justement, ce devait être l’idée.
L’orbe, conçu, je l’ai dit, pour tenir au creux de la main, est bien plus petit qu’une boule de bowling. D’où vient qu’on dit que le monde est une orange ?
Le fardeau d’Atlas est plus impressionnant.
En termes de volume et circonférence — cela va ensemble.
Permettant à l’aspirant titan de supporter « la planète » avec un rien d’ostentation. Une sphère délicate à embrasser, mais on y parvient tout juste.
Un ballon gonflable ? Possible. D’une façon générale les titans ne manquant pas d’air — ils seront bientôt les seuls.
Quoique.
Les premiers du nom ont mal fini.

Je ne suis pas Atlas, ni l’un de ses modernes héritiers, et cette bête boule est simplement posée devant moi et je peux choisir de la sauver.
Je saurai alors que je suis quelqu’un de bien.
Ou je peux la repousser dédaigneusement du bout du pied et m’en aller plutôt prendre l’avion.
Cela fera peut-être de moi a terrible person.
Au moins je serai dans l’avion.
Là-haut « la planète » sera devenue encore plus petite —
la grosse boule un peu moins grosse — et je suppose qu’il faudra simplement que je ne réfléchisse pas trop à l’étymologie du verbe « atterrir ».


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