Les traces d’un voyage effectué il y a des années pour voir toutes les peintures de Vermeer se révèlent au contact d’une situation, d’une parole, d’une sensation. Il en découle parfois de courts textes dont certains paraîtront ici.
Parfois nous nous demandions si le peintre Johannes Vermeer avait réellement existé. Nous nous demandions quel lien il était raisonnable de faire entre un ensemble de peintures rassemblées sous le nom de Vermeer et un type vivant à Delft aux Pays-Bas au dix-septième siècle.
Nous nous disions, au fond à quoi bon savoir si ces peintures si belles ont été exécutées par cet homme ou par un autre ? – même si on aime associer une œuvre à une personne, pouvoir imaginer qu’il y a, derrière l’œuvre d’art, quelqu’un avec sa vie, son regard, sa sensibilité et ses souffrances. Ou bien est-ce sans importance ?
Parfois nous nous demandions pourquoi dans les livres du XVIIe et du XVIIIe siècles consacrés à la peinture hollandaise le nom de Vermeer est à peine mentionné. Où était, nous demandions-nous parfois, La jeune fille à la perle qui correspond, mais ce n’est pas sûr, à un des portraits comptés dans la vente de 1696 où furent dispersées vingt-et-une toiles attribuées à Vermeer, où était cette Jeune fille entre la vente de 1696 et une vente à La Haye en 1882 où elle démarre sa carrière à succès ?, où était la Vue de Delft entre la vente de 1696 et une vente à Amsterdam en 1822?, où était Le Soldat avec la jeune fille qui rit entre la vente de 1696 et 1861, où le tableau figure dans une vente londonienne ? Parfois nous essayions d’imaginer ces intérieurs privés où l’on pouvait contempler au quotidien lesdites peintures qui, avant que l’histoire de l’art ne les redécouvre, circulaient sous l’appellation de «maître hollandais» sans qu’on se soucie d’aller plus loin dans leur attribution.
Parfois nous nous disions, et la signature alors ? Mais certaines œuvres portent une signature et d’autres pas, les tableaux signés Vermeer ne l’ont pas toujours été de sa main, sur des peintures qu’on lui attribue aujourd’hui figurait le nom d’autres peintres… Il y a deux fois la signature «Vermeer» sur Le Géographe ; sur L’Art de la Peinture, figuraient en même temps la signature de Vermeer et celle du peintre Peter de Hooch qu’il a fallu faire disparaître…
Parfois nous nous demandions ce que serait devenu le nom de Vermeer si les historiens du XIXe siècle n’avaient eu le souci de ranger, classer, attribuer, d’établir ce qui revenait à chacun de ces maîtres hollandais, parmi lesquels un certain «Delft van der Meer», ce que serait devenue la mémoire de cet artiste si le critique et militant républicain Théophile Thoré, défenseur du réalisme en peinture, visitant le musée de La Haye en 1842, n’avait pas été ému par la Vue de Delft, n’avait pas lu dans le catalogue de ce musée le nom pour lui jusqu’alors inconnu de «Van der Meer de Delft», s’il n’avait pas, ensuite, pendant ses onze années d’exil politique en Belgique et ailleurs, reconstitué et collectionné l’œuvre de ce Vermeer, jusqu’à lui attribuer soixante-dix tableaux, soit la moitié de ceux qui lui reviennent aujourd’hui.
Parfois nous nous demandions où était la Dame au chapeau rouge avant de faire son apparition comme «Jeune homme représenté un peu plus qu’en buste, la tête couverte d’un chapeau de panne rouge à grands bords», dans une vente à Paris en 1822. Et nous nous demandions aussi comment on a pu prendre pour d’authentiques Vermeer les sinistres tableaux mis en circulation par le faussaire van Meegeren pendant la montée du nazisme.
Parfois nous nous demandions comment faisait le peintre Johannes Vermeer pour trouver le calme dont témoignent ses peintures dans une maison pleine du bruit des dix ou douze enfants que l’histoire lui attribue.
Nous nous demandions qui avait le droit d’entrer dans la pièce où Johannes Vermeer peignait. Et combien d’heures par jour travaillait le peintre Johannes Vermeer, combien d’heures dans sa vie le peintre Johannes Vermeer a consacré à la peinture.
Parfois nous nous demandions quel vertige saisirait l’hypothétique Johannes Vermeer en voyant sa Jeune fille à la perle mondialement adulée, imitée sur des selfies, remodelée part Face App, reproduite sur des torchons, des pin’s, des assiettes, des sacs, des stylos, des coques de téléphones portables.
Nous nous demandions : Johannes Vermeer apprécierait-il le goût des bons yaourts au lait entier en authentiques pots de verre de la marque La laitière ?
Parfois nous nous demandions ce que Johannes Vermeer choisirait de peindre dans le monde d’aujourd’hui. S’il serait peintre. Ou plutôt photographe. Ou cinéaste. Ou vidéaste. Ou encore autre chose. Dans le monde d’aujourd’hui ?

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