Ce hangar de deux cent mètres carrés, avec les vitres cassées, sans électricité, sans eau, sombre et glacial, c’est chez moi maintenant. Il est spacieux mais pas confortable, décoré de cartons entassés et de meubles vides qui ne servent plus à rien. Je vis au milieu des bâches qui protègent les restes de ma vie, les restes de ma vie d’avant. Dehors, c’est ici que je vis, marginale, c’est moi maintenant. Quelques bougies pour les soirs où j’affronte le froid après la tombée de la nuit. Une tente qui protège du vent et du vertige d’un si haut plafond. Dans un appartement de luxe on nous le présenterait comme une pièce luxueuse avec poutres apparentes, moi je les appelle simplement poutres pour se pendre, juste au cas où mes idées s’envolent trop haut. Dans cet abri de toile quetchua et de bâches légères, il y a un homme, allongé dans le lit de fortune, il reste là, juste à côté de moi, à regarder les intempéries de ma vie, à me tenir la main, me caresser la joue. Il admire avec moi le ciel de ma tente, ronchonne avec moi du tintement trop matinal du clocher de l’église, me sourit, m’embrasse, me réveille, me fait croire que ma vie est normale. Me fait croire que comme lui un jour je me lèverai dans une grande maison chauffée dans un brouhaha de télévision allumé et de cafetière, bien habillée pour me rendre dans un bureau avec une tasse super pote offerte par ses collègues. Moi je regarde par l’ouverture de ma tente et j’y vois mes matins d’enfant, quand on campait dans le jardin de mes parents l’été, ni trop près de la maison pour ne pas qu’on nous entende, ni trop loin parce qu’on est des guerriers mais on ne sait jamais. J’entends encore les discussions interminables pour savoir ce que l’on voulait faire plus tard. Moi je le sais aujourd’hui.
Pauline Genard : étudiante
Sans pub, sans subvention, en accès libre, TINA online est financé par les dons à partir de 1€ sur cette page >>>>> merci