«Regroupements dans les parties communes, nuisances sonores, dégradations, intrusions dans les piscines privées, squats de logements… Ces situations perturbent la qualité de vie des résidents et l’activité des professionnels», nous dit l’UTSI, l’Unité de Tranquillité et de Sureté de l’Immobilier. Une société de sécurité privée, au service des promoteurs (des groupes comme Midi Habitat, Paris Habitat), des bailleurs, des entreprises et de la gestion de leur patrimoine immobilier.
Bien qu’ils ne soient pas armés en théorie, et que leurs actions se limitent aux espaces privés, on pourrait confondre les agents de l’UTSI avec des policiers, équipés de tout l’attirail (gilet par balles, menottes, radios, casquettes noires genre FBI, chiens,…) mais ils portent un uniforme gris, sur lequel il est marqué : Tranquillité résidentielle. Cette nouvelle entité collabore étroitement avec les corporations innombrables qui émanent de l’État et ses milliers d’«agents qualifiés» partout sur le territoire, CRS, SPI, BAC, GIGN, RAID, BRI, FIPN, BI, etc., prêts à intervenir 24h/24 pour le bien de toutes et de tous. Pour remédier à ces problèmes, l’UTSI propose tout un programme d’interventions bienfaisantes, « rondes dissuasives, surveillance proactive, gestion des situations sensibles », portant une atteinte de plus à nos libertés individuelles et collectives.
D’autant plus problématique que l’UTSI communique sur la mise en place privilégiée du dialogue, de la gestion de conflit, de la pacification, novlangue qui inverse la critique des rapports de force pour en réalité légitimer la violence et la force de dissuasion. En effet, l’UTSI prétend œuvrer au nom de la Sérénité, de la Quiétude, du Calme. Tout un lexique complètement à l’opposé de la violence que représente un dispositif de plus de surveillance et de flicage systématiques. On retrouve ici les critiques portées habituellement à l’existence même de la police : la violence autorisée, qui œuvre prétendument au bien-être de tous, le principe censé être dissuasif du punitif et du châtiment, la violence comme instrument politique, l’exclusion de tout ce que l’État considère comme de l’ordre du délit ou du crime, et des personnes indésirables.
Pesaient déjà lourdement la «Paix», la «Liberté», la «Sécurité», «l’Égalité», dans nos petites vies ordinaires, maintenant il faut faire avec la «Tranquillité», munie de ses gros bras et de ses menottes…
Pour visiter le site de l’UTSI : https://utsi.fr
Samuel Vandermeer
Après des études de Lettres à Toulouse puis à Paris, Samuel Vandermeer travaille
aujourd’hui pour un organisme de formation dédié à l’apprentissage du français langue
étrangère et à l’alphabétisation. Ses recherches portent sur le monde du travail et de
l’entreprise. Son premier livre publié, Cahier d’appels, paru aux éditions Az’art atelier
(2025), propose une traversée labyrinthique de discours et de gestes effectués au travail.
Un prochain texte à paraître : Summer Time (éd. Az’art atelier).
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