
La matière humaine, John Selve, « Aventures », Gallimard, 2026.
« Matière/Humaine. Les mots lui viennent comme ça, pendant qu’elle s’observe devant la glace de ces WC d’artistes. Elle les fredonne : Matière/Humaine… Ils lui viennent en tête à l’instant même où elle constate que la musique des lieux, jamais, ne pourra retentir avec les taches de mercure qui s’étalent sur le miroir. Un sentiment nouveau, subliminal, la flashe ». Elle c’est Anthea, héroïnes de La matière humaine, le deuxième roman de John Jefferson Selve. Son alter ego et quasi pendant masculin est Saul bien qu’il ne faille pas négliger la troisième figure essentielle du roman, John, qui distille tout au long de leurs aventures de nuit comme de jour des références littéraires.
« Matière/Humaine. Les mots résonnent de nouveau dans sa tête en vrac. Avec violence. / Anthea danse avec des images de mort dans la tête. La dernière guerre commence. » Serait-ce celle qui en réalité a déjà débuté depuis des décennies, que Anthea, John et Saul ont toujours connu, depuis leur naissance, et qui est sur le point de se cristalliser dans l’élection présidentielle française de 2027? Probablement puisque l’on suit les trois personnages quelques heures avant l’annonce des résultats de celle-ci. Car une élection présidentielle, en France, ça résulte. Mais cette violence est aussi celle de la force de l’ordre qui s’abat sur un enfant, livreur de cocaïne.
« Le jour s’est levé. Tout gronde. Trop de dope. Trop d’alcool. John est parti. Anthea n’est pas là. Un instant, je ne sais plus où je suis, ni qui je suis. Ça m’arrivait souvent enfant ». L’enfance submerge presque ce roman, l’enfance pour ce qu’elle a de sauvage et d’innocence, pour ce qu’elle est fortune ou infortune. Mais l’enfance, pour ce qu’elle persiste encore, est aussi espoir. « À leurs pieds, tout autour d’eux, des flaques noires comme des orques. Il a l’impression d’être au septième jour de la Création. Le monde va accoucher d’un spectre. Il veut en faire une phrase pour plus tard — avant qu’Anthea ne prenne son visage entre ses mains, et ne lui souffle: / —L’ESPOIR, SAUL, L’ESPOIR. » Telle est aussi la matière humaine espoir qui, peut-être, contredira la sombre et funeste prédiction de « La poudre », autrement dit l’esprit de drogue, autre figure du roman de JJS: « Moi-même je vais disparaître, remplacée par une drogue sans nom et sans odeur. Une conscience mondiale qui bannira toute contradiction. Camisole-monde loin de toute la matière humaine. Et là, vous me chercherez, vous rappelant que, malgré ma morsure mortelle, je n’étais pas sans beauté ».
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