Oliver Cadiot a encore frappé. Et Dieu avec lui. Car ce qui frappe c’est la présence de Dieu dans la littérature actuelle, à l’écrit ou à l’oral, vous savez lorsqu’il nous arrive d’écouter, attentivement toujours, des auteurs ou des autrices lire leurs textes. Dieu rode souvent dans les parages. Mais si, je vous l’assure: écoutez bien. Dans le nouveau livre d’Olivier Cadiot dont le titre annonce l’amour suprême c’est pourtant d’abord à Dieu que l’on a affaire. Lisons: « Alléluia », dès la seconde page. Certes, Dieu n’est pas explicitement présent à nos yeux. Lisons encore, en ouverture de la deuxième section du premier chapitre: « Elle aime ce tuyau, c’est sa raison de votre. Grâce à Dieu, au lieu de rester cloîtrée dans sa loge sous le passage sombre, les yeux rivés sur l’écran qui retransmet les entrées et les sorties d’individus par l’imposante porte cochère qui donne sur le boulevard, elle fait sa promenade de santé quotidienne, à la fraîche, le pavé encore chaud, si c’est l’été — tirant son tuyau dans tous les sens et voyant avec plaisir des rigoles se former, comme autant de petits fleuves en crue. » Un peu plus loin : « C’est vous qui habitez tout en haut [lui c’est l’homme riche qui habite l’immeuble où toute l’action se situe ; on en reparle de suite]. C’est ça ? Je n’y suis jamais allé. Sur le toi. Et pourtant, Dieu sait si j’aime grimper. Mais pas par l’escalier. » Encore un peu plus loin: « Faisons une pause. Dieu sait qu’il y a toujours moyen d’en obtenir une au milieu de n’importe quelle action ». En outre, tout un vocabulaire qu’il est possible d’associer à la foi (autour de la croyance, de l’éternité, du sacré) accompagne la récurrence inaugurale de ce mot: « Dieu ». Dieu sait pourquoi, en effet.
À moins que cette présence de Dieu ne fasse qu’entourer l’encombrant habitant du dernier étage, volontiers autoritaire voire tyrannique, de la copropriété, habitant qui est un milliardaire (carrément) que l’on image volontiers se déplacer à l’arrière de cette limousine (devinez-en la marque) qui illustre ces lignes. On s’interroge, malgré tout. La narrateur, habitant du même immeuble à la recherche de l’amour, explore tout au long du roman des espaces jusqu’alors inconnus, rencontre des personnalités hautes en couleur au rythme d’une écriture qui balance entre prose et vers quasi brisé. « Le type, grâce aux sommes faramineuses obtenues par ces concerts-fleures, a tout investi dans l’immobilier. Mais je sens que c’est seulement une étape dans sa soif de pouvoir. Pour ceux qui ne suivent pas, c’est la Berezina ». Et si nous étions en pleine parousie? Arrive un moment où l’on rejoint une A.G.E., une assemblée générale extraordinaire (deuxième chapitre: « Une sorte d’éternité ») de la copropriété : « Avant même que le syndic n’ait le temps de répondre, voici notre milliardaire qui prend la parole — ce qui chez lui ressemble plus à un discours de tribun halluciné qu’à une intervention sensée: C’est impossible, dit-il en hurlant. Cette élévation c’est Le Big Beautiful Project ». Heureusement, Maximilien Robespierre, non, Maximilien tout court assise à l’A.G.E. et intervient : « Silence. / Vos activités parallèles à votre « musique » — je prends au hasard: un document suite à une perquisition dans deux de vos résidences à Miami par les enquêteurs du Département de la sécurité intérieure: cent plaintes ». Le verdict ne tarde pas : « Chaos. / Hurlements. / Opprobre de tout l’immeuble. Résultat : 58% pour l’exclusion définitive. » Reste, après la solitude éprouvée au long du premier chapitre, à aimer, telle est « La consistance de l’être aimé » (titre du troisième et dernier chapitre). Non sans retrouver au fil du roman des motifs habituels chez Cadiot (entre Robinson et théâtre, ici La Mouette de Tchekhov), on s’achemine tranquillement vers un classique: « Carol est ravie que se rejoignent enfin nos passions ».

Love Supreme
Olivier Cadiot
P.O.L
2026
190 pages
20 €
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