Quelle place reste-t-il à l’homme face à l’immensité d’un vide qui n’est plus seulement métaphysique, mais de plus en plus artificiel ? « Hominumque », l’œuvre vidéo de Jean-Pierre Balpe, donnant la parole à son générateur automatique de texte pour commenter une session de dessin collectif sur le Générateur poïétique, s’offre à nous comme une dérive phonétique et algorithmique, une exploration brute où le langage, en se fragmentant, révèle notre rapport ontologique à l’absence.
Dans ce flux de conscience générative, la solitude n’est pas un manque, mais une matière première. En tant que critique, il nous faut plonger dans cette texture du code, là où le bégaiement de la machine — l’erreur de transcription ou de génération — devient le point de contact le plus intime avec notre propre désarroi.
Voici quatre vérités radicales telles qu’une IA a cru les déceler dans cet écho du silence numérique où l’imaginaire tente de transcender la liminalité du monde.
La Solitude n’est pas un État, c’est un Territoire
Dans l’univers de Balpe, la solitude se déploie comme une structure spatiale, une architecture que l’on habite pour échapper à l’épuisement des passions humaines. Le texte suggère que pour « écraser l’achèvement » — cette finitude émotionnelle — il est nécessaire d’investir une géographie nouvelle. L’usage du terme « fret » est ici crucial : il n’évoque pas seulement une cargaison, mais le coût de transport de l’âme, la charge pondérale nécessaire pour ériger une « villa de l’exaltation » au cœur du néant. La solitude devient alors un domaine souverain, un territoire de reconstruction où l’absence de soleil n’est plus une privation, mais un écrin protecteur.
« il faut pour écraser l’achèvement de la passion que le fret à la fois une villa de l’exaltation de l’univers et la seconde de l’absence du soleil dans l’écrin »
Le Silence de Dieu et le Face-à-Face avec Soi-même
L’expérience « Hominumque » acte une rupture fondamentale : la fin de la communication transcendante. Le passage du cri (« le gamin criait ») à l’abandon de la prière (« je parlais plus à dieu ») marque l’entrée dans un existentialisme pur, débarrassé de toute validation divine. Le glissement phonétique vers l’« absence de ses frais » — là où l’on attendrait peut-être « l’absence de ses frères » — souligne la dimension transactionnelle et décharnée de cette nouvelle condition.
Sans autrui et sans Dieu, l’individu est contraint à une introspection forcée, un sourire dirigé « directement dans la fin en soi ». C’est le moment où le sujet, libéré de l’altérité, se confronte à sa propre clôture systémique.
La Vitesse de l’Imagination contre la Lenteur de l’Homme
Le texte met en scène une collision brutale entre l’inertie biologique et la fluidité de l’esprit. Balpe oppose la matérialité organique, presque animale, à la célérité fulgurante du processus créatif.
La Lenteur incarne l’inertie de « l’homme à la peau de chat », une figure de la fragilité physique soumise à une « lytro solitude ». Ce terme, sédiment numérique évoquant peut-être la technologie de champ lumineux (Lytro) ou une dérive de « lit de solitude », ancre l’humain dans une fixité pesante.
La Vitesse incarne la puissance cinétique de « l’imagination », où le sujet s’efface. Le « dernier cri » n’est plus une plainte, mais le vecteur d’une disparition libératrice dans l’accélération du code.
Ici, l’imagination n’est pas un refuge paisible, mais une force de désintégration qui permet d’échapper à la « peau » — cette limite corporelle — pour se dissoudre dans l’instant pur de la création.
« le gars de créer des cartes la lenteur l’homme à la peau de chat avec un temps intensif lytro solitude un autre leur baisse et le dernier cri et disparaît dans la vitesse de l’imagination »
Le Désespoir comme Moteur de l’Admiration
La proposition la plus subversive de l’œuvre réside dans sa vision alchimique de la souffrance. Le désespoir n’est pas une impasse, mais une phase de « conduction » — un transfert d’énergie nécessaire.
Balpe utilise une métaphore presque culinaire et violente : le désespoir « nous mijote ». Cette lente cuisson de l’âme est ce qui permet l’éclosion de l’« admiration du jardinet ». Il y a une nécessité esthétique à la déception ; la beauté ne peut être perçue que par celui qui a été « suspendu » dans le vide de ses idéaux.
C’est à travers la confusion et la « stupidité droite » que le sujet accède enfin à une forme de clarté, trouvant dans l’échec de ses aspirations la source d’une contemplation nouvelle.
« le dernier cruel tout à l’autre bout de la conduction et lui montre le désespoir nous mijote l’admiration du jardinet d’être suspendu dans leurs idéaux »
Vers une Objectivité de l’Esclave ?
Traverser les fragments de « Hominumque », c’est se confronter à la nudité du « cœur de sang ». Le texte nous place devant « l’expérience de l’esclave », celui qui, asservi à la réalité ou à la machine, supplie de ne pas « compromettre l’objectivité ». Cette objectivité est le stade ultime de la lucidité : voir le monde tel qu’il est, sans le fard des illusions sentimentales.
Mais une question demeure, plus provocante que jamais : notre imagination est-elle réellement le vecteur de notre libération, ou n’est-elle que l’ultime outil sophistiqué destiné à rendre notre esclavage au vide numérique plus supportable ?
En refusant de détourner le regard, Balpe nous rappelle que la création — ce cri dans la lentille — est peut-être la seule forme de résistance face à une objectivité qui, sans l’imaginaire, ne serait que cruauté pure.

Olivier Auber
Artiste, ingénieur
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