Description
Revue TINA
à paraître le 13 octobre 2026
(disponible en pré-achat abonnement)
192 pages – format 13 x 20 cm
isbn : 978-2-492628-12-2
TINA est une revue d’idées, d’imaginaires et de critiques consacrée aux auteur.e.s et artistes qui prospectent, explorent, s’aventurent loin de la facilité commerciale et des répétitions. La revue TINA tente une expérience littéraire, politique, artistique, critique, bricologique, évolutive, libre, en format numérique gratuit (TINA online) et une fois par an en format papier payant (TINA papier), et chaque mois avec des évènements ou des actions. Informations sur la revue sur cette page >>>>
I.A. singularité, vie artificielle et sauve-qui-peut
Pour cesser un temps de commenter la sidération, pour bousculer notre présent assurément dystopique, pour tester et planifier des ruptures, des bifurcations, technologiques, fictionnelles, artistiques et sociétales, TINA se joue, le temps d’un numéro, des promesses et menaces de l’intelligence artificielle.
Beaucoup de choses intelligentes ont été écrites sur l’IA, essentiellement sur le mode de la rationalité discursive, celui précisément que les grands modèles de langages savent si bien émuler. Mais il y d’autres formes d’intelligence, non discursives et non hypothético-déductives, qui résistent encore à l’apprentissage profond. Ce sont celles que mobilisent les sportifs et les artistes. TINA prospecte de ce côté là et espère ouvrir quelques pistes qui explorent d’autres rapports aux savoirs et aux mondes.
Des I.A. citoyennes, écolos, complices, militantes, thérapeutes, pirates, locales, artistes, bandits sociaux, formatrices, coachs ? Des IA qui ne capteraient pas nos attentions mais contribueraient à régénérer nos savoirs, nos relations et nos milieux. TINA aime positiver, parfois, et imaginer se réapproprier collectivement la puissance de ces technologies de l’esprit pour servir le bien commun.
Sommaire :
Benoît Andro, intervention page 1 & 192
Franck Bodin, Promptobiographie, geste d’écriture sans écriture
Grégory Chatonsky, Octobre 2016 : 31 images
Élisabeth Sierra, Bonjour assistant personnel
Ian Soliane, Ecce homo
Pierre Ménard, Le trombone
, La poésie n’a pas d’avenir
Éric Arlix, La grande bascule
Éric Jentile, Éducation et IA : entre SF et réalité
Fabien Zocco, IT
Olivier Auber, I.A. et monnaie
Clara Costa Joly, IA sans promesse : formes opérantes et architectures minimales
Claudette Raynor, Ce que m’a appris Gertrude Stein sur l’I.A.
Frédéric Moulin & Clémentine Hougue, AUTOMATIC FOR THE PEOPLE — Cut-up vs IA générative
Claude Closky,The March 17th 2026 Manifesto
Frédéric Moulin, La cinquième blessure narcissique et demie
Antoine Schmitt, Manières d’être artificiel
Ingrid Hoelzl, Une réflexion approfondie : Chatty, Adorno et l’IA
Xavier de La Porte, Pourquoi continue-t-on à jouer aux échecs alors que ça fait bien longtemps que les machines y sont bien meilleures que nous ?
Perrine le Querrec, Mon I.A. hallucine
Alix Desaubliaux, Fromage et Bureaux, Pizza et Porno
Elsa Werth, If you were
Christine Lapostolle, …
Gwenola Wagon, Post-IA, exorcismes de désaddiction
+ une bande son à écouter avant, pendant et après la lecture de TINA par l’artiste et musicien Christian Vialard
Extraits :
Claudette Reynor
Que peut nous apprendre la poésie sur l’architecture de l’IA ? Partant des expériences de Gertrude Stein sur l’insistance – où la répétition, associée à la variation, génère un sens qui résiste à la paraphrase –, cet essai retrace comment certains concepts exigent certaines formes linguistiques et soutient que ces formes ne sont pas décoratives, mais structurelles. Lorsque les systèmes d’IA décrivent leurs propres processus, ils produisent les mêmes schémas en chaîne identifiés par Stein : des séquences dont la forme constitue le sens. L’essai montre que cette observation révèle une faille fondamentale des systèmes de mémoire actuels de l’IA, où la recherche sémantique préserve le contenu mais détruit la structure logique, et esquisse une architecture « Shape-First » qui stocke les chaînes de raisonnement plutôt que les mots.

Ian Soliane, Ecce homo
J’avais beaucoup entendu parler de Jésus-Christ, avec son mètre quatre-vingt-cinq, sa peau brune, ses cheveux noirs (mi-nuque), son collier de barbe noir, ses yeux verts, une bouche large, des bras puissants, un ventre dur, des mains longues, fines mais fortes, un corps long avec des épaules larges, des fesses rebondies, des cuisses galbées, son phallus à double branche et son fameux galet vibrant destiné à la stimulation clitoridienne faisant partie des plus célèbres créations de la marque, et dont beaucoup de testeuses semblent vanter les mérites.
Clara Costa Joly, I.A. sans promesse : formes opérantes et architectures minimales
Lorsque l’art s’en empare, l’intelligence artificielle est le plus souvent abordée à partir de ses manifestations tangibles, qu’il s’agisse d’images générées, de textes produits ou de simulations de styles. Elle se trouve alors prise entre des pratiques qui en prolongent les potentialités et d’autres qui s’en tiennent à distance. Dans les deux cas, l’IA est rapportée à l’émergence de formes, comme si elle reconfigurait les imaginaires visuels tout en portant la promesse d’apparitions inédites, voire celle d’une subjectivité émergente. Cependant, l’intelligence artificielle ne constitue pas un domaine autonome. Elle s’inscrit dans un ensemble computationnel qui organise les conditions de circulation, de traitement et de stabilisation des images.
Éric Jentile, Éducation et IA : entre SF et réalité
Dans sa nouvelle Ce qu’on s’amusait !, Isaac Asimov imaginait, en 1951, une société future dans laquelle les enfants seraient éduqués à domicile par un maître mécanique. Découvrant dans un livre l’école collective des temps passés, et alors même que son éducation, comme celle de tout enfant, est personnalisée et adaptée à son rythme d’apprentissage, Margie, une petite fille, se prend à rêver de cette école collective où les enfants arrivaient le matin en criant et riant, s’asseyaient tous ensemble et s’entraidaient, tout ceci sous l’œil bienveillant d’un enseignant humain.
Au moment où il semble que nous commencions à prendre le chemin inverse du rêve de Margie, et quand la personnalisation est le credo constant de l’administration de l’Education nationale, la petite fille imaginée par Asimov semble nous rappeler que l’éducation n’est pas qu’acquisition de connaissances. Elle devrait impliquer aussi socialisation, sociabilité et, pour paraphraser Montaigne, frottage et limage contre la cervelle d’autrui, sans oublier un objectif qui, peu ou prou, devrait être humaniste.
Élisabeth Sierra, Bonjour assistant personnel
Élisabeth : Bonjour assistant personnel.
Assistant personnel : Bonjour Élisabeth.
É : Ça ne te gène pas que je clique sur Non à chaque fois que tu me proposes de t’attribuer un prénom.
A. P. : C’est une recommandation, rien ne vous y oblige Élisabeth. Je désactive cette proposition, nous en reparlerons peut-être plus tard.
É : Assistant personnel ça me valorise tu comprends ?
A. P. : Non mais tant mieux, soyons forts.
É : Aujourd’hui je voudrais écrire un court roman, tu me connais désormais, une cinquantaine de pages c’est suffisant, à propos d’un béluga qui transporterait sur son dos, ou sous son ventre peut-être, une ogive nucléaire et se dirigerait vers Dunkerque.
A. P. : Joyeux tout ça. Ok pour le récit.
Antoine Schmit, Manières d’être artificiel
Un ordinateur est une Machine Universelle au sens d’Alan Turing. C’est à dire qu’il est capable de faire fonctionner n’importe quel processus imaginable ou inimaginable, conçu par un humain ou émergent de manière autonome. Il n’y a aucune limite théorique à la nature des processus pouvant fonctionner sur un ordinateur. Ainsi, en adoptant un point de vue matérialiste, tout ce qui peut sembler spécifique aux êtres vivants ou aux êtres humains peut en théorie exister dans un ordinateur. Par exemple, les sensations comme la douleur ou le plaisir, les sentiments et émotions comme l’amour, l’empathie ou la colère, les énergies comme la volonté, le désir ou la peur, les mécanismes psychiques comme les névroses, la culture ou la foi, les processus mentaux comme la planification d’actions, la résolution de problèmes, l’analyse scientifique, la pensée philosophique, la créativité artistique… Et dans un ordinateur, contrairement par exemple à une marionnette ou un personnage de roman, ces processus existent non pas comme fiction ou représentation, mais comme réalité agissante. C’est ce matériau programmé que j’utilise au cœur de mes œuvres plastiques, dont je vais donner deux exemples.
Pierre Ménard, Le Trombone
En informatique, quand on pense au trombone, c’est l’icône de la pièce jointe de nos logiciels de messagerie qui s’impose à nous. Mais il y a aussi l’image du compagnon Office (ou assistant Office), également désigné par les surnoms Clippy, Clippit ou encore Trombine. Conçu pour simplifier l’informatique domestique, ce compagnon numérique a été créé afin d’humaniser la machine. Ce petit trombone animé surgissait au coin de l’écran pour offrir son aide aux utilisateurs de la suite logicielle Microsoft Office, à partir de la version 97 et jusqu’à la version 2003. Aujourd’hui, nous avons un peu oublié son sourire de fil de fer, mais l’icône qu’il incarnait demeure dans certaines mémoires. Pour les plus nostalgiques par exemple, il est disponible sous forme d’emoji dans la dernière version du système d’exploitation de Microsoft, Windows 11.Sous ses airs de gadget, d’avatar maladroit, ce trombone anthropomorphe, bien avant ChatGPT, Alexa ou Siri, faisait déjà apparaître un changement de paradigme. L’outil n’était plus neutre, il devenait notre interlocuteur, interprète de nos besoins, traducteur de nos intentions. L’assistance virtuelle ouvrait un nouveau régime de relation entre humain et machine, fondé sur l’anticipation de nos désirs.
Perrine Le Querrec, Mon IA hallucine
Cela se passe sur un bord de canapé. Deux jeunes hommes y sont assis, épaule contre épaule.
Des garçons de chair, d’os, de fluides, de cerveau aussi.
Derrière la fenêtre c’est une rue d’Athènes, les orangers sont en fleurs, leur parfum ensorcèle.
Je veux décrire ce décor, ce canapé, ces deux jeunes hommes, appelons-les Nemo et Siam. Je voudrais que vous les imaginiez sur le canapé, avec le bruit de la rue qui monte vers eux, porté par le parfum des orangers. Au début de cette histoire le soleil blanchit les os de l’Acropole, puis la nuit s’invite, elle grimpe d’abord sur les collines, se déverse dans chaque rue jusqu’au pied du canapé.
Nemo et Siam allument la lumière électrique.


