« Retour vers le futur » TINA vous propose de redécouvrir des textes /// 2000
Nous pouvons définir le « Média » selon qu’un médium donné soutient ou non être « objectif », dans les trois sens du mot, c’est-à-dire qu’il « rend compte objectivement » de la réalité ; qu’il se définit comme partie d’une condition objective ou naturelle de la réalité ; et qu’il présume que la réalité peut être reflétée et représentée comme un objet par un observateur de cette réalité. « Le Média » – utilisé ici comme un terme singulier mais collectif – met le subjectif entre parenthèse et l’isole de la structure basique de médiation, qui est présentée comme le regard auto-réfléchissant du reportage social, « impartial », équilibré, purement empirique. En brouillant délibérément la frontière entre l’objectif et le subjectif – comme dans l’infotainment et dans les feuilletons sentimentaux, que tant de gens croient « réels », ou les histoires de flics « comme dans la vie » – ou dans les publicités – ou dans les talkshows – le Média construit l’image d’une fausse subjectivité, emballée et vendue au consommateur comme un simulacre de ses propres « sensations » et « opinions personnelles » ou de sa subjectivité. Et en même temps, le Média construit (ou est construit par) une fausse objectivité, une fausse totalité, qui s’impose comme la vue-du-monde qui fait autorité, bien plus que n’importe quel simple sujet – inévitable, incontournable, une véritable force de la Nature. Ainsi chaque « sensation » ou « opinion personnelle », quand elle naît, est ressentie comme à la fois profondément personnelle et objectivement vraie. J’achète ceci parce j’aime ça et parce que c’est ce qu’il y a de mieux ; je soutiens la guerre parce qu’elle est juste et honorable et parce qu’elle produit beaucoup de divertissements excitants (« Tempête du Désert », mini-série fabriquée pour le prime-time télé). Ainsi, en paraissant refuser le simplement subjectif (ou en le mettant entre les parenthèses de l’ « art »), le Média récupère activement le sujet et le reproduit comme élément à l’intérieur du grand objet, le reflet total du regard total : la marchandise parfaite – soi-même.
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https://fr.anarchistlibraries.net/library/hakim-bey-recueil-de-textes-d-hakim-bey-aka-peter-lamborn-wilson
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