À quel moment un homme qui dort sur le sol dans la rue devient pour nous l’équivalent d’une image parmi tant d’autres, une silhouette dans un coin de notre tête, une forme qui se répète jusqu’à devenir banale, presque abstraite ? Cette peinture d’un dormeur, collée sur le bas de la vitrine de la banque, est différente. Elle attire notre regard. Sous cet écran publicitaire qui diffuse en boucle des promesses de rendement, d’optimisation de compte épargne. Il y a quelque chose d’intrigant dans la vitrine de cette banque. Les mots qui invitent à faire confiance à la banque, à se reposer sur leurs services pour s’occuper de notre argent, sont soutenus par l’image d’une femme endormie. Des pointes métalliques fixées au sol, empêchent de s’asseoir, l’espace est trop réduit pour même imaginer s’allonger à cet endroit. Soudain toutes les informations se superposent, se font écho, la peinture, la publicité, l’architecture hostile, la rue. Peut-être le rôle de l’art tient-il dans ce léger déplacement qu’il nous invite à faire, par ce presque rien qui nous force à voir ce que nous avions cessé de voir, de rendre visible l’invisible.
Le 1er numéro de la revue TINA : (in)visibilité(s), s’articule autour d’un thème central, la dialectique entre invisibilité et visibilité.
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