Deux années de TINA online = 300 articles.
Pour fêter cela le bureau TINA a sélectionné 30 citations
extraites de livres figurant dans la Biblio TINA ultra contemporaine de 505 livres.
Bonnes découvertes.
Ayant déjà vécu éternellement au-delà de la chair comme toute personne, j’ai su qu’il me fallait de vraies mains. Il me fallait quelque chose pour me toucher, et pour toucher les autres, connecter leurs vies. J’ai d’abord pris le corps d’un enfant, une créature de la plus vaste dévotion. Ce gosse n’était qu’un parmi des millions d’autres, aussi arbitraire et d’une conception aussi peu pratique que n’importe quel objet ; ça aurait pu être vous, et c’était peut-être vous.
Blake Butler, 300 millions
Désordonnées, contradictoires, nos activités nous apparaissaient souvent déconnectées de nos aspirations : rémunéré, on se trouvait vite séparé de soi-même par une trame serrée d’obligations et de renoncements. Libéré, c’était l’impuissance qui gagnait, jusqu’à l’écrasement. Jamais véritablement gratifiants, toujours en deçà de nos attentes, travail et loisir finissaient peu à peu par se ressembler, on continuait chez soi des travaux que l’on avait commencés, sous la contrainte, et on n’entreprenait plus rien qui ne puisse, un jour, se transformer en activité rémunérée.
Philippe Vasset, Bandes alternées
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Le comité de soutien aux herbes innommées et aux ivraies ne prend pas la parole pour se mettre en valeur ou pour assurer la promotion d’on ne sait quels arrivistes de parti et bureaucrates en herbe. Il prend la parole avec pour objectif exclusif de provoquer, chez ses auditeurs et auditrices, une profonde révolution culturelle – une révision de leurs comportements face aux ivraies.
Manuella Draeger, Herbes et golems
Toute la pièce sentait le moisi. De gros champignons noirs stagnaient le long des murs. Au plafond, il y avait une fuite énorme qui se déplaçait. La fuite était devenue le centre de cet endroit. Une goutte tomba dans les cheveux du colocataire, il la fit glisser avec son pouce. Il s’était habitué à faire glisser les gouttes, c’était devenu un tic. Il l’étala sur son front, il ne leva pas les yeux, il mit une pâte dans sa bouche, il l’avala sans mâcher. Une goutte tomba dans l’assiette, il dit : Si on devait comprendre tout ce qu’on utilise, on n’utiliserait rien.
Laura Vasquez, La semaine perpétuelle
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Les centenaires prennent de toute façon la mort pour une blague. Ils n’y croient pas. Ils n’en avaient aucune idée à la naissance, à douze ans ils tuaient leurs meilleurs amis avec des pistolets en plastique, ils en rêvaient à vingt, ils en étaient convaincus à trente, la quarantaine si vite passée, si vite suivie de la cinquantaine les avait fait trembler, à soixante ans ils étaient en sursis, ils soufflaient les bougies de leur soixante-dixième anniversaire en pleurant, pensant que la vie leur avait déjà offert ces soixante-dix belles années et qu’il faut savoir se contenter de ce qu’on a, y compris si c’est de ce qu’on a perdu, et même si les choses iraient dorénavant en s’accélérant, ils n’hésiteraient pas, le moment venu, ils trouveraient le courage de courir vers la tombe en lui ouvrant très grands les bras, les centenaires avaient quatre-vingt ans quand ils ont commencé à avoir des doutes, doutes entretenus par leurs quatre-vingt-dix ans, la barre des cent ans les laissant complètement incrédules, la mort n’existe pas, leurs meilleures années auront été gâchées par des superstitions, des croyances et des racontars, c’est comme ça, à force d’écouter les autres on finit toujours par se faire du souci pour rien. Depuis, les centenaires se sentent mieux. Ils vont aux crémations comme ils iraient à un apéritif.
Philippe Adam, Les Centenaires
(Un très long silence.)
— Mais vous avez des ami·es.
(Un long silence.)
Vous avez beaucoup d’ami·es.
Qu’est‑ce que vous apportez à vos ami·es pour qu’ils vous soutiennent comme ça ?
(Un long silence.)
Qu’est‑ce que vous apportez à vos ami·es pour qu’ils vous soutiennent comme ça ?
(Un long silence.)
Qu’est-ce que vous apportez ?
(Silence.)
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une conscience solidifiée habite une salle des fêtes assombrie au plafond d’un esprit dont le sol se dérobe comme dix mille cafards quand perce un rai de lumière quand les pensées s’assemblent en un bref unisson que le corps ne rejette plus quand les cafards saisissent une vérité que nulle n’énonce jamais
Une nuit tout m’a été révélé
Shara Kane, 4:46 Psychose Skin,
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Tout cela a sombré et gît à présent au large, sous le sable et les gravats, disséminé sur deux à trois milles carrés, au fond de la mer. La falaise ne cessant de se retirer, les églises paroissiales dédiées aux saints patrons James, Leonard, Martin, Bartholomew, Michael, Patrick, Mary, John, Peter, Nicolas et Felix ont glissé l’une après l’autre dans la mer et coulé peu à peu dans les profondeurs en même temps que le sol rocheux sur lequel la ville avait été autrefois bâtie.
W.G. Sebald, Les anneaux de Saturne
Il n’y a pas grand chose dont je me souvienne
j’ai dû vivre à côté tout le long
sans être ailleurs non plus
je m’en souviendrais
je ne me souviens pas qu’un jour tout
ou quelque chose ait basculé.
— Souviens-toi de rester vivante.
Oscarine Bosquet, Participe présent
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Messieurs, il n’y a aucune raison de s’alarmer, dit Mr Franklin avec son habituel sourire vague. La glace va sûrement céder le mois prochain, si ce n’est cette semaine. Mais nous devons nous accorder quant à nos intentions. Vraiment, nous devrions trancher au plus tôt ; je ne sais trop pourquoi nous avons reculé le moment.
William T. Vollmann, Les fusils
Comment faites-vous pour vivre ?
Je continue, c’est tout. Je savais que ça allait arriver. Vous saviez que ça allait arriver ?
Ouais.
Ça ou quelque chose comme ça. Je l’ai toujours cru.
Avez-vous essayé de vous y préparer ? Non. Qu’est-ce que vous auriez fait ?
J’en sais rien.
Cormac McCarthy, La route
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Les seuls à être internationalement tenus pour les grands artistes de ce temps sont ceux qui nous font assister à cette grandiose transmutation de l’art en marchandise et de la marchandise en art.
Annie Lebrun, Ce qui n’a pas de prix
La promenade est un mode d’écriture et de description propre aux documents poétiques. Une écriture qui ne pense pas mais parcourt.
Franck Leibovici, Des documents poétiques
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L’événement serait évalué à l’aune de ce qu’il sèmerait plutôt que de ce qu’il récolterait.
Erin Manning et Brian Massumi, Pensée en acte – Vingt propositions pour la recherche-création
Pourquoi ne pas vous glisser dans un archétype déjà existant ?
Hakim Bey, Sermons radiophoniques
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Le quotidien a le pouvoir de la métamorphose et de l’invention.
Geneviève Pruvost, Quotidien politique – Féminisme, écologie, subsistance
Le capitalisme est un système de traduction entre des sites hétérogènes les uns aux autres, permettant aux investisseurs d’accumuler des richesses.
Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde – Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme
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La promenade n’enclenche plus les marionnettes de la pensée, et les arbres restent au bord sans parler, une écume verte où se perdre sans mots
Laure Gauthier, Les corps caverneux
Il y a danger à se promener dans ses pensées, à marcher sur ses idées. C’est-à-dire à se trouver, physiquement, au cœur d’une continuité mentale dans l’apparence très concrète de la conscience qu’on en a. Promenade incontrariée au sein du tout venant, jouet d’un harcèlement et de son propre dire en pleine verdure. Phrase battant la campagne, piétinant allègrement la périlleuse liberté des propos et des actes.
Nicolas Pesquès, La Face nord du Juliau
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Tout ce qui nous arrive est dans l’ordre du monde. Tout le monde travaille pour l’ordre du monde et même ceux qui dorment et même ceux qui refusent l’ordre du monde travaillent pour l’ordre de ce monde. On ne peut rien changer, on ne peut rien produire. On ne peut pas produire une substance. On utilise les choses comme elles existent, elles se transforment, elles se dirigent vers d’autres formes.
Laura Vasquez, La semaine perpétuelle
Malgré la couverture satellite permanente et le maillage des caméras de surveillance, nous ne connaissons rien du monde.
Philippe Vasset, Un livre blanc
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Tout le monde veut posséder la fin du monde. C’est ce que déclara mon père, debout près des fenêtres à petits carreaux de son bureau de New York – gestion de fortune, transmission de patrimoine, marchés émergents.
Don DeLillo, Zero K
Pour lui le livre le plus érotique au monde est l’annuaire du téléphone.
Charu Nivedita, Zero Degree
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Sortez vos carnets de voyage et écrivez dedans. Après tout, nous sommes nombreux à noircir ainsi nos cahiers. Nous ferons mine de ne pas nous observer les uns les autres, nous garderons les yeux baissés sur nos chaussures. Nous nous décrirons mutuellement – c’est le moyen de communication le plus sûr –, et ainsi serons-nous transformés en lettres et en initiales, immortalisés sur le papier, plastinés, noyés dans le formol des phrases.
Olga Tokarczuk, Les pérégrins
Dimanche
Dimanche au petit matin
Drugstore
Échappé sur la rivière
Effet de glace
Enfants lisant
Façades dans la nuit
Faunes
Pierre Mabille On fait comment
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Nous enterrions la forêt. Nous sciions les arbres par tronçons d’un mètre et demi, les entourions de plastique et les balancions dans une énorme fosse.
Svetlana Alexievitch, La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse
S’épanouissant sur les ondes, semblable à un ballon où on peint un sourire, l’auteure veut plaire, elle vibre de tout ce qu’elle a à dire. Allumez la radio, il y a toujours quelqu’un comme elle. Des auditeurs harassés par l’existence tournent le bouton en quête de réconfort et le flot de paroles surexcitées, souriantes, se répand sur eux.
Mary Gaitskill, Veronica
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J’avais l’impression d’être à côté de la plaque. De moi | du travail | du mariage. Cette union ne devait plus durer ; le-divorce : 12 ans, c’est plus qu’un bail quand les années sont devenues glaciales comme nous é les jours&nuits=en-solo…
Reinhard Jirgl, Renégat, roman du temps nerveux
Mais le feu est passé du vert à l’orange et elle attend. Le feu était vert et maintenant c’est fini. Cet intervalle précis de vert qui attendait dans une gorge comme le seul mot jamais dit. Le seul mot pouvant peut-être tasser la langue. Offrir à la viande de la bouche une petite seconde de pure danse.
Tony Burgess, Cashtown
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La différence entre un original et un faux, c’est que le faux fait plus vrai.
Juli Zeh, La Fille sans qualité
Écrivain de science-fiction à succès, Zach Sodenstern est le créateur de la saga de Gunther O’Connell, de la saga du Quatrième Reich et de la saga de Gunther O’Connell et du Quatrième Reich, qui naît de la fusion des deux sagas en une, ou alors qui commence quand Gunther O’Connell le comploteur puis leader politique de la côte Ouest, réussit à pénétrer dans le monde souterrain du Quatrième Reich du Middle West américain.
Roberto Bolaño, La Littérature nazie en Amérique
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