Inflamed Invisible

23.00

David Toop
Essai
Format 13 x 20 cm, 320 pages, 23 euros
isbn : 978-2-492628-05-4
à paraître le 3 mars 2023

Bientôt disponible

Catégorie :

Description

Recueil de textes sur l’art et le son (1976-2018)

Les écrits rassemblés dans Inflamed Invisible balaient plus de quatre décennies d’essais, de critiques, d’interviews et de textes expérimentaux parus entre 1976 et 2018. Pour David Toop, musicien, critique et enseignant anglais, envisager le son et l’écoute en tant que pratiques fondatrices en soi emmène la musique vers de nouveaux territoires : extension du temps, nature sauvage, vibration et résonance intérieure des objets, actions silencieuses et art de la performance.
Ces écrits sont une exploration de strates sonores où s’articulent des préoccupations sensorielles, intellectuelles et philosophiques, à travers lesquelles les objets, les pensées et l’air même s’animent comme l’embrasement de l’invisible.
David Toop s’appuie sur des œuvres de multiples créateurs d’univers musicaux et visuels, tels Érik Satie, John Cage, La Monte Young, John Zorn, Rioji Ikeda, Brian Eno, Stockhausen, Picasso, Kafka, Joyce, Ad Reinhardt, Beckett, Rauschenberg, Gilbert & George, et d’autres encore.

Traduction Sophie Couronne
avec la collaboration de Valérie Vivancos

David Toop est musicien, écrivain et professeur émérite au London College of Communication. Il a publié Rap Attack, Haunted Weather, Exotica et Ocean of Sound, publié en français en 2001 aux éditions de l’Éclat et dont la version poche est parue en avril 2022. Il a enregistré de nombreux disques depuis 1975 et a collaboré avec des musiciens tels que Brian Eno, John Zorn, Jon Hassell, Derek Bailey, Evan Parker, Scanner, Ivor Cutler, Haruomi Hosono, Jin Hi Kim ou Bill Laswell. Ses écrits sur la musique ont été récemment rassemblés sous le titre Inflamed invisible (2019 Goldsmith Press, London), à paraître en français en mars 2023 aux éditions Jou.
https://davidtoopblog.com

Extrait :
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Sons au hasard des circonstances : Francis Alÿs

Extrait du catalogue pour Seven Walks, Londres, 2004/5, publié par Artangel en 2005.
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Si je suis ici, alors où est le son ? Le son n’a pas de ligne de mire, pas de point fixe dans l’espace, pas de permanence au-delà de sa propre activité, pas d’existence autonome ni de contours, mais seulement des moments cumulés de disparition aux confins de sa trajectoire. Sa place en tant que marqueur dans la dimension temporelle et la cartographie de l’espace peut être un mélange de précision et d’ambiguïté : une cloche tinte, l’horloge sonne, un canon tonne. La journée est divisée et l’espace des relations humaines est cartographié en fonction des fluctuations d’un son et de sa propagation dans l’atmosphère.
Appelons-le flaque, nappe, brume ; les comparaisons tirées du monde tangible mais fluide des liquides et de la matérialité diffuse ne font qu’amorcer la compréhension de la nature du son. Une grande partie de la planète est enlisée dans la culture du texte, alliée à diverses formes visuelles. L’espace urbain se répartit selon des conceptions de dramaturgie visuelle, de liens sociaux et du pragmatisme des déplacements, mais le son est mésestimé, oublié ou ignoré, malgré son rôle essentiel comme élément du design urbain. Le son n’est pas réductible à un texte et donc n’est pas prédisposé à la « lecture ». Sa place dans le système des signes est une anomalie, le paradoxe de l’invisible/audible. Le caractère transitoire du son, son abstraction, sa traversée du temps sans laisser de trace, tout cela fait obstacle à l’interprétation. La plupart des tentatives de compréhension du son s’évertuent à éluder sa nature propre au profit de descriptions de son contexte, de sorte que le son reste un élément peu catégorisé, quoique central dans la vie sociale et culturelle.

Les artistes qui commencent par le visuel sont confrontés au défi du système dans lequel ils œuvrent, où le visuel peut représenter le statut et le confinement. L’espace de la galerie n’est pas conçu pour le son (il est même conçu pour éliminer ou atténuer les sons extérieurs), dans la plupart des cas il a été pensé pour encadrer ce qui a déjà un cadre (ou du moins une sorte de délimitation) et donc le son se répand, s’infiltre, ou fait violemment irruption.

« Il est toujours intéressant de s’intéresser et de se consacrer au son », déclare l’artiste Anri Sala. « Il n’y a qu’un pas entre le son et le langage (les sons d’aéroport, ou celui des ascenseurs d’hôtels, sont déjà du langage), mais une fois que vous êtes dans la rue, la plupart des sons sont à l’état brut, ils sont en cours d’évolution. Ils font partie d’un langage qui n’est pas encore réglementé. Et c’est pourquoi je m’intéresse au son : c’est comme une musique inachevée. » 1. Cela fait suite, involontairement sans doute, aux observations de John Cage en 1969.

« Introduisez du désordre », écrivait-il, « des sons au hasard des circonstances. Envahissez des zones où rien n’est arrêté (des zones – micro et macro – adjacentes à celle que nous connaissons). Cela ne sonnera pas comme de la musique – ni sérielle ni électronique. Cela va sonner comme ce que nous entendons quand nous n’écoutons pas de la musique, juste ce qui est là. » 2

Liens vers un choix de références citées dans le livre :

QR-code Inflamed Invisible de David Toop

Extrait lu par Xavier Boissel, video 40 secondes :
https://vimeo.com/manage/videos/793783492

Informations complémentaires

Dimensions 20 × 13 cm