Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 5 juin 2018
J’aimerais pouvoir sauver le monde mais j’en suis bien incapable. Une pensée, c’est quand on se parle en silence dans sa tête. Mais j’entends quand même ce que je me dis en moi-même, et ça me perturbe. J’ai besoin de temps pour agir, ma femme me reproche toujours ma lenteur. Quand je vais rentrer du marché, elle va me demander ce que j’ai bien pu faire pendant tout ce temps et pourquoi j’ai oublié les oignons. Le bruit des pastèques qui tombent par terre m’évoque le son d’un crâne fendu. C’est l’impression que j’ai, car je n’ai jamais vu de crâne ouvert. Quand je vois mon visage dans le miroir, c’est celui de mon père que j’aperçois. J’aime la sensation du vent frais sur ma peau quand il fait très chaud dehors. Je n’ai jamais beaucoup lu, par contre j’ai toute une collection de vieilles bandes dessinées de mon oncle, que je relis en boucle. Le soir avant de me coucher, je regarde le ciel. Les étoiles arrivent jusqu’à moi, je vois leur lumière. J’ai mis du temps à comprendre que les étoiles sont mortes, mais quand je les observe depuis chez moi, je ne vois que leur beauté. Je peine à écrire des messages sur mon téléphone portable, mes doigts sont trop gros et tout est écrit si petit sur l’écran. Je dois me concentrer pour y parvenir. Mon père est atteint de la maladie d’Alzheimer, ses troubles de la mémoire se sont intensifiés ces dernières années. Il habite désormais à la maison. Rien ne demeure et rien ne disparaît.
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