TINA Street, une nouvelle rubrique dans TINA online : rue Levat, Marseille
À l’instar de Google Street, Google en moins, TINA Street scanne la ville au ras des rues. Sans autos et sans robots ce sont des subjectivités incarnées que mobilise TINA. Le principe est simple : arpenter une rue du début à la fin (ou l’inverse) et noter librement ce qui retient l’attention en passant, sans préoccupation d’inventaire systématique ni orthodoxie documentaire ; au risque du tourisme et de l’exotisme mais plutôt du côté d’une esthétique du divers. Juste un regard piéton singulier à un moment donné dans une rue particulière.
Le deuxième article de cette nouvelle rubrique concerne la rue Levat à Marseille, parcourue par Pierre Ménard.



À Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, la rue Levat est un axe singulier qui débute au niveau de la rue Jobim, par un parking improvisé sur un espace laissé à l’abandon, un immeuble d’habitation moderne qui s’efface sur la droite de la rue en trois bâtiments construits en espalier et sur la gauche le poste électrique de la Belle de Mai dont l’accès est protégé. Ensuite, très rapidement, la rue se réduit tout en ondulant entre des maisons anciennes de deux étages, au point d’obliger les piétons à s’immobiliser lorsqu’une voiture se présente au ralenti pour la laisser passer.





Ici, les gens ont tendance à l’appeler la rue du couvent, en effet, quelques dizaines de mètres plus loin, un immense jardin s’ouvre sur la gauche, il s’agit du Couvent, un lieu de création, de rencontres et de diffusion. Il porte ce nom car il s’est établi dans l’ancien bâtiment principal des sœurs qui ont habité là pendant des décennies. Il abrite une quarantaine d’ateliers, ainsi que deux anciennes chapelles dédiées à l’accueil de résidences et d’expositions. Dans l’immense jardin, des parcelles potagères, des arbres fruitiers, des ruches, du maraîchage, une serre, un poulailler, et même des poissons rouges.










À l’origine, le couvent était une bastide provençale datant du 18ᵉ siècle. En 1838, est créée la congrégation religieuse des Victimes du Sacré-Cœur de Jésus et les sœurs, au nombre de 33, s’installent dans le bâtiment en 1840. Elles vivaient cloîtrées, en économie fermée, produisaient ce qu’elles consommaient et s’occupaient seules de l’ensemble du domaine. Elles quittent Marseille fin 2016 pour se rendre en Vendée dans un couvent beaucoup plus reculé.


La rue Levat est une parenthèse de calme et de nature dans une ville qui en offre assez peu. Quelques affiches sauvages sur les poteaux, les devantures se distinguent les unes des autres par une décoration originale reproduisant un soleil à l’aide de galets ou par l’ajout d’une peinture dont les motifs en noir et blanc représentent la campagne et la mer. Aujourd’hui, on fête le printemps. C’est également le jour de la fin du Ramadan pour les musulmans. Un homme descend tranquillement la rue vêtu de son caftan blanc et d’un bonnet blanc sur sa tête en guise de chéchia.







La rue est interrompue par la rue Clovis Hugues. Le café Au bon coin est fermé aujourd’hui. Dans le petit jardin d’enfants sur la droite, une bande de jeunes discute en fumant. Une voiture de police patrouille, c’est à peine si elle ralentit à leur hauteur avant de poursuivre sa ronde. Les jeunes sourient.




Le dernier tronçon de la rue file sous la ligne de chemin de fer. Un TER passe. Le portrait de Snoop Dog nous accompagne rieur, fresque peinte par OCMvibration, artiste peintre indépendant spécialisé dans la réalisation de fresques murales, dont on voit de nombreuses œuvres dans la ville. La rue se termine quelques centaines de mètres plus loin en débouchant dans la perpendiculaire de la rue Belle de Mai.




Map data from OpenStreetMap (CC BY-SA 2.0)
Sans pub, sans subvention, en accès libre, TINA online est financé par les dons à partir de 1€ sur cette page >>>>> merci



































