La revue TINA a invité 4 auteur.e.s et une libraire à lire un extrait d’un livre qu’iels ont envie de partager, en une minute maximum dans une vidéo, du 21 au 25 janvier 2026.
La revue TINA a invité 4 auteur.e.s et une libraire à lire un extrait d’un livre qu’iels ont envie de partager, en une minute maximum dans une vidéo, du 21 au 25 janvier 2026.
On continue de procéder en deux temps deux articles et l’on s’intéresse maintenant à citer.
Page 15, on lit : « on repousse les maisons inachevées sur la costa brava la hausse du prix de l’essence la fermeture centralisée des portes les tarifs de l’immobilier le sponsoring abusif les accords de liaison et les amalgames politiques […] c’est là que ça se passe: là ».
Le « là » est récurrent. Page 56, par exemple : « là on a un problème : problème là on ne peut plus compter sur les acquis de la république ».
Entre temps ou non on aura lu, page 26 : « Il faudra bien accepter les conséquences. Justifier des dépassements de budget. Il n’y a pas de personnages secondaires. Il n’y a pas d’incipit, de préambule ».
En lisant Bruit gris, l’envie prend de composer, par exemple un poème à partir d’un « il y a »… « des images » (page 24, fin du premier paragraphe), « L’activité frénétique de l’usine atteint son point d’intensité maximal » (page 35), ainsi de l’usine mais de l’usinage, des histoires secrètes, le vide, problème, « on ne peut plus faire confiance à la perfection du marché » (page 56), quelque chose se passe autour du pronom de la troisième personne du singulier si singulier « on », « un pogo » (page 63), support-surface (page 78), en référence à la page 97 on ose un « l’intelligence artificielle se déforme », oui-un-à-de-voix-à-les-du-sous-le (page 106), plan-on-dans-la-nue-les-de-dans (page 109), une quasi contingence maintenant-bruit-solo-pages-contemporain-guerre-corps-vibrent-tant (page 110).
En lisant Bruit gris, on est traversé par le chiffre trois. Page 33 par exemple : « on compte jusqu’à 3]
1, 2, 3 »
trois silhouettes (page 35), trois mains (page 73)…
On a beau appuyer la distribution des lignes ou des vers pose un tempo, « on appuie sur off mais ça continue » (page 88).
On a entendu et écouté des extraits lus par l’auteur, on a entendu et écouté la musique appareillée composée par l’auteur le 18 décembre dernier, à la librairie Centrale (Paris, 3e) lors de la présentation animée par Rodolphe Perez de Bruit gris paru aux Éditions du Bunker.
On procède en deux temps deux articles. On s’intéresse d’abord à une question de structure et de forme.
Bruit gris s’ouvre sur une dédicace puis sur une citation mais aussi quelques « préparatifs » (numérotés « 0 ») à la forme déjà singulière. Succession de six paragraphes sur une seule page, chacun étant constitué de mono-ou-quelques mots séparés par des points, aucun paragraphe ne s’achevant par un point… final. Suit une double page, hommage à la page mallarméenne, motif récurrent du livre qui est autant littérature que poème, poème donc.
Viennent ensuite des parties. Une première, « Limite centrale » (page 13) , composée de douze sous-parties. Une deuxième, « Scénario général » (page 94), une troisième et dernière, « Mélancolie secondaire » (page 144).
Rapidement, du moins à la manière dont on passe parfois d’une page à l’autre, d’un texte à l’autre, d’un poème à l’autre tant chaque texte de chaque partie est poème-en-soi, on est retenu par la diversité des formes que propose le livre. Un intermède « lucratif à but non lucratif » nous attend en page 40 qui n’est peut-être pas sans autoriser quelque croisement avec Ça joue d’Antoine Hummel paru aux éditions La Tempête en 2024. À tel point que l’on peut se demander ce qu’est et ce que n’est pas Bruit gris. « c’est une texte (une aubade) une rumeur d’intensité constante une bouillie de voix (c’est) un refrain qui tourne à vide un film amateur clouté mis en boucle dans ton cerveau encéphalogramme plat bruit gris […] de gouvernement c’est juste une façon de changer de voix de sujet de visage de juridiction d’état »
Quelque chose devient filmique à l’intérieur du « scénario général » sans que cela soit caché, « Ici, repenser à un film sans dire son nom » (page 95). Une forme nouvelle apparaît dès lors, suite deux-à-deux de vers d’un mot et de quelques autres. Chaque poème compte pour un et pour tout un poème. La question du montage survient, « matière noire du poème rescapé […] montagne parallèle plein de bruit » (page 120). Et l’on rit, par la forme et par la fond, « […] se chante rien n’aura eu lieu queue » (page 130) alors que les vers sur la page commencent à se raréfier, à diminuer de nombre, tendance à la décroissance, réflexion sur l’économie du poème, juste au moment de conclure la deuxième partie.
En dernière partie, toute chose égale par ailleurs ou toute proportion gardée, on revient à la forme initiale, celle des débuts de la première partie. On se souvient aussi que Gilles Amalvi a expliqué quelque chose du genre: le texte originellement aurait pu être celui d’un roman. Il en est un, à sa manière. Les références, à Bataille, à Vian, affleurent parfois. La musique reprend ses droits sur le cinéma. Mais la variété de forme continue à « pas feutré » (page 158) par tel ou tel « poème cognitiviste », on pourrait même y voir des ensembles plus ou moins bijectifs. Les titres défient tout horaire, « 23H10 #1 » (page 164) jusqu’à ce que: « on laisse la radio en marche on laisse la cassette tourner »
On pressent une urgence. En étant incertain qu’elle soit effective.
On a entendu et écouté des extraits lus par l’auteur, Luc Bénazet, de Soleils d’artifice récemment paru aux éditions P.O.L, à l’occasion du lancement du livre le jeudi 13 novembre dernier à la librairie parisienne Centrale.
Parce que l’on n’existe pas, on choisit ici de cantonner cette chronique à la première partie du nouveau livre de Luc Bénazet. Celle-ci s’intitule « Le travail de la normalité ». Et elle est inédite. Inédite dans le sens où si l’on lit ou on a lu les autres livres de Luc Bénazet on perçoit que quelque chose est à l’œuvre. Redondance : Le travail de la normalité, sans doute celle si merveilleusement analysée par Canguilhem. Parenthèse: Au passage on se dit que Luc Bénazet a à être un auteur heureux tant l’ouvrage est fabriqué avec soin, à l’instar de ces livres des éditions P.O.L encore cousus, à la couverture si sobre et à la quatrième de couverture extraite du texte faisant en sorte que l’on est quasi certain d’être en agréable compagnie.
On lit, page 10 : « La normalité se constitue par coulées successives entre lesquelles on trouve des intervalles. » On écrit « Badiou » en marge.
On lit, page 12 : « Quelle est la fin du malheur historique lorsque je parle ? Donc j’arrête. C’est moi qui arrête. La parole & Son cours. […] l’alcool à brûler. Des à venger. » Ah oui on ne cherche d’équivalent ni chez Canguilhem ni chez BadYou.
Ici on se dit que l’on remet en cause ce que l’on avait écrit. On ne se cantonnera pas à la seule première partie. On écrira aussi quelque chose des deux autres parties.
Page 20, on lit : « […] Nos vies le savent. Qu’est-ce qui manque ? Nos vies ne le savent pas. Et puis. »
Page 39, on lit : « Privé de signes même douloureux même tordus. Aucune voie de circulation ne se […] »
Cette première partie est composée en cinq parties. Sa dernière page, poème à part entière évoque : alliances successives, mésalliances… Le poème confirme que l’on ne cherche d’équivalent ni chez ni chez.
La deuxième partie du livre a donné son titre au livre. La langue, singulière, la plus courante de Luc Bénazet s’y déploie. On est surpris, parfois, d’osciller entre description et didactique (II, page 61). On poursuit, page 75 : « les fusée e s sont tirées à l’horizontal e ». Enfin, « Une mémoire à forme double » est une troisième et dernière partie. On y pré-lit : « La guerre est sans merveille ». Assurément. Peut-être est-ce une partie du livre en inquiétude: « Par la cruauté et la terreur exercée donc, des personnes vivantes auront anticipé leur mort » (page 89). Et puis, la vérité presque surgit in fine: « Si c’est une vérité » (page 92). Enfin, encore, on ne lit pas mais, peut-être, l’on songe : phénoménologie, et perception : « Le doigt est fantôme » (page 93).
Éditeurs de livres de poche — Folio, Point, — publiez Trust dès le printemps prochain. Ce livre est génial. Autrement dit : il y a du génie à chaque page, à commencer par le titre. Trust le nouveau livre de Pavel Hak, paraît (en librairie depuis le 29 octobre dernier et au format numérique depuis le 15 octobre dernier) un an et quelques jours après Autobiographie, également génial mais dans un registre sensiblement différent, aux mêmes éditions KC. L’édition de poche s’impose idéalement à ce livre qui peut se lire chapitre par chapitre entre deux ou trois stations de métro tout en jubilant.
Constitué de courts chapitres à l’écriture ciselée, les récits s’entremêlent. Il y est question de notre monde, sous des angles social, économique, financier, politique, de trafics, d’affaires, petites ou grandes, qui le façonnent mais surtout le déterminent. Regardons ou écoutons les informations, à la télévision ou à la radio, prêtons attention à un talk-show, projetons-nous en quelque situation d’une violence banale, banale à en désespérer. On pourrait se dire: « c’est du Pavel Hak, comme dans Trust ». Sauf que Trust est incomparablement mieux parce qu’il s’agit de littérature et nous invite à réfléchir.
En lisant Pavel Hak en général mais Trust en particulier, les auteurs de littérature défilent : Sade, Balzac, Dos Passos, Hašek. Dans la lignée de Warax (Seuil, Fiction et Cie, 2009), Trust traverse et transforme des clichés du monde tel qu’il est en autant de questions que le lectorat peut se poser: telle ou telle proposition, telle ou telle phrase est-elle une interrogation morale? Telle ou telle tournure de phrase est-elle ironique ou satirique ? Qui sait.
Le plus étonnant tient sans doute à ceci : il est possible d’apercevoir dans le texte une lueur d’espoir. L’accumulation de faits sordides, révoltants, traduit une saturation. La narration, à plusieurs reprises, est de même tonalité que celle qui ouvre par exemple Autobiographie. On ne peut pas se laisser imposer quoi que ce soit.
À propos, ce titre, « trust », d’où peut-il venir ? S’agit d’une référence ou d’un clin d’œil au groupe de hard rock français éponyme ? On peut en douter. Faut-il y entendre la confiance par exemple celle que l’on est supposé avoir en la monnaie, tant l’argent est omniprésent dans le livre ? Ou convient-il de recevoir ce « trust » au sens d’une organisation, d’un conglomérat anglo-saxon, d’un entité juridico-économique ? Pavel Hak nous laisse en décider.
Le livre Realitiz de Patrick Bouvet ne paraîtra peut-être pas le vendredi 10 octobre 2025.
Rien ne l’atteste, rien ne le confirme.
Les personnages de Realitiz de Patrick Bouvet n’existent peut-être pas plus que le livre, leurs caractères profonds ne sont pas développés, imperceptibles, iels sont images, symboles, simulacres.
Les formes utilisées par Realitiz de Patrick Bouvet n’existent peut être pas plus, ignorées, fantomatiques dans un monde de la lecture qui souhaite juste des récits et des messages simples.
Les QR code composant la couverture de Realitiz de Patrick Bouvet renvoient aux collages et bandes son de l’auteur, mieux que de lire une quatrième de couverture.
Avec Realitiz, son quinzième livre officiel, Patrick Bouvet a composé le Graal ultime, mettre toute son œuvre dans un nouveau livre, livre qui n’est peut être pas paru.
Extraits :
James s’était rapproché de la table – se plaçant derrière Catherine qui semblait totalement absorbée par ses compositions sauvages – il regardait par-dessus l’épaule de sa compagne – essayant de se repérer dans ces paysages explosés – suite de ruines – d’épaves – de déchets – les derniers vestiges d’un monde en train de disparaître – à force de saturation de ses signes –
Ils furent conduits jusqu’à une petite table où trônait un grand bol à demi plein d’un liquide brun – « venez déguster notre punch maison » – le docteur fit signe à une jeune femme au strabisme divergent de les servir – aussitôt elle poussa des petits rires aigus comme une sorcière perverse de dessin animé – ils regardèrent le docteur avaler d’un trait le mystérieux breuvage – avant de l’imiter en se lançant des clins d’œil complices –
Patrick Bouvet Realitiz éditions de l’Olivier 180 pages 18 euros
Le blanchiment d’argent nécessite des montages complexes, des circuits de transferts d’argent alambiqués et le livre d’Antoine Dufeu s’appuie sur la même complexité.
extrait page 13
On ne lit pas à proprement parler Blanchiment, on le décode, on lit des indices, des séquences, les lecteur.trices doivent effectuer la recomposition, l’enquête, la captation d’informations.
Fresque poétique, vers, flux de phrases enchâssées (pour certaines séquences on lit les lignes paires puis ensuite impairs — faut s’accrocher), Blanchiment mêle les récits de trois personnages principaux autour du travail, de l’individualisme et de la solitude, trois notions si représentatives de la vie contemporaine de certain.e.s.
extrait page 33
Ce livre est une énigme, ce livre est intriguant, ce livre est singulier, l’auteur nous oblige à lire son livre en zigzag, en va-et-vient, en concentration maximale, pour décoder avec lui et ses personnages ce monde complexe, ces flux complexes dans lesquels nous sommes embarqués.
Dans Blanchiment, comme dans tout monde complexe, le flux d’informations, d’actualités, de news, de breaking news, de fake news affluent. Le monde tel qu’il est, insaisissable.
extrait page 95
Si vous lisez Blanchiment c’est que vous cherchez peut-être à sortir de votre zone de confort (ces romans si bien léchés, ces recueils de poésie surchargés d’intime), avec une poésie-récit-expérimentale-contemporaine assurément singulière.
Antoine Dufeu, écrivain et poète, est l’auteur d’une quinzaine de livres dont Nous (Mix., 2006), Abonder (NOUS, 2010), AGO – autoportrait séquencé de Tony Chicane (Le Quartanier, 2012), Sic (al dante, 2015), Sofia-Abeba (MF, 2020), Nous abstraire (éditions de l’attente, 2022). Il forme avec Valentina Traïanova le duo Lubovda. Il est également éditeur, enseignant, journaliste et revuiste. Il vit à Paris. https://antoinedufeu.fr/
Hubert Guillaud, Les algorithmes contre la société éditions La Fabrique, mars 2025, 14 euros
« Hubert Guillaud décrypte le fonctionnement de ces systèmes qui ne sont pas seulement défaillants et opaques mais intrusifs et despotiques. Alors que les possibilités ouvertes par la révolution numérique se referment sur nous comme un piège, il appelle à remettre la démocratie et la justice au cœur des calculs – ou à nous en défaire. » extrait quatrième de couverture.
La thèse du livre est aussi claire qu’argumentée. La projet de société numérique est pilotée par l’idéologie néolibérale et non pas par des amoureux du bien-être, de l’émancipation et de la démocratie. Les biais des algorithmes utilisés par les entreprises privés (par exemple pour le recrutement ou la gestions des plannings des employés) ou par les services publics (par exemple la CAF ou France Travail) sont toujours discriminants, toujours orientés sur les plus précaires, toujours orientés vers la maximisation des profits. Au moment ou les polémiques sur les aides aux entreprises françaises sont légions, personne (ni l’État ni les entreprises bénéficiaires) n’est capable de justifier et d’évaluer ces aides (dommage qu’il n’y ait pas d’algorithmes créé pour cela plutôt que pour récupérer quelques millions d’aides sociales). Les chapitres 1 et 2 (sur 5) nous détaillent cela, avec un appareil critique assez fourni. Le chapitre 3 (Du marketing à l’économie numérique : la discrimination pour le profil) fait un tour d’horizon des nouvelles pratiques, des nouveaux outils numériques utilisés pour le profilage des clients, pour générer des prédictions (toujours aussi incertaines) mais surtout générer des données, ces mines d’or de l’économie. Le chapitre IV (De l’autoritarisme du numérique au risque fasciste des calculs) commence ainsi : « Il ne faut pas confondre l’autoritarisme des plateformes avec l’autoritarisme des « oligarques cupides de la tech ». Les grands patrons visionnaires de la Silicon Valley, adulés pour leur réussite économique, se distinguent surtout par leur style managérial brutal et tyrannique. Ils adhèrent massivement à une vision du monde hostile aux travailleurs. Bezos a bâti sa fortune sans considération pour ses magasiniers, payés à des salaires si faibles qu’ils sont nombreux à bénéficier de l’aide sociale. Les usines de Musk ne sont guère plus reluisantes : les accidents y sont deux fois plus fréquents que dans les usines du secteur de l’automobile. Dans ce « capitalisme sans capital », l’exploitation des travailleurs est fructueuse. Le capital-risqueur Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn, pompeusement présenté comme le plus philosophe des entrepreneurs pour sa copieuse littérature managériale, explique que les entreprises ne doivent aucune loyauté à leurs employés et encourage les travailleurs à se considérer comme des indépendants. La vision du monde de ces entrepreneurs relève du pur cynisme. » pp 123-124. Et enfin le chapitre 5 (Calculer autrement), chapitre le plus court mais peut être annonciateur d’un prochain livre, envisage ces outils numériques dans une perspective de gauche, collective et non plus individualiste.
Un essai court et clair, critique et motivant qui se détache largement de la production des essais sur le sujet.
Il y a dix mois je découvrais le concept de Tianxia à partir de la lecture du livre de Zhao Tingyang et chaque jour depuis je trouve deux mille raisons quotidiennes pour constater que ce concept ne peut pas être mis en œuvre aujourd’hui. La vertu ? Non pas possible dans ce monde pour l’instant. Pas d’étrangers, pas d’ennemis, un monde entièrement inclusif ? Pas possible également. Le consensus, des avantages et des inconvénients pour chacun ? Également hors-jeu.
Il faut dire que ce concept n’a été manipulé qu’une seule fois dans l’histoire de l’humanité de 1046 avant J-C. à 256 avant J-C., en Chine, par la dynastie Zhou, ce qui est déjà pas si mal. Le concept le plus génial d’organisation d’une société tombé aux oubliettes, c’est ballot.
Le livre de Zhao Tingyang a été soumis, en Occident, à une dure critique. La qualité du livre n’est pas mon propos, juste la découverte du concept et comment « un petit peut gouverner un grand ». Le plus petit qui prend le lead sur les plus grands, c’est assez inédit. Pourtant toute personne sur Terre qui tentera, d’une manière ou d’une autre de s’inspirer du Tianxia, sera soumise a des moqueries sans fin, recevra en pleine figures des phrases comme « tu rêves » ; « il faut atterrir » ; « c’est le monde des bisounours que tu proposes » ; Non pas vraiment une attitude de bisounours pour les Zhou, mais une paix relative permettant de se consacrer à autre chose qu’à l’économie de guerre permanente entre clans. Bien sûr c’était trop beau pour durer mais quand même au moins 500 ans avant le déclin, ce fut tout de même une période politique riche d’enseignements.
Au delà de mon intérêt pour le Chine et pour l’histoire antique je me pose la question de l’appropriation de ce concept, de comment le rendre vivant, pratique. Même si le concept est d’origine chinoise, la Chine d’aujourd’hui en est totalement éloignée, tout autant que les autres nations. Le Tianxia attend sagement son retour gagnant, son come-back, sa réhabilitation, quand nous serons lassés de l’hégémonie de la croissance permanente, quand nous serons lassés de ces individualités auto-centrés qui se définissent comme des décideurs, quand nous n’accepterons plus la domination technologique, l’ultra pauvreté et la désertification de la planète. Le Tianxia attend, depuis 3 000 ans, d’être redécouvert, redéployé, utilisé.
Chiche.
Poignée d’épée avec dragons. Dynastie Zhou, 500 avant J-C. The British Museum, Londres.
p. 68 « le système Tianxia inventé par les Zhou était un système politique mondial. Il définissait le monde politique comme une existence globale, c’est le sens de l’expression de Guanzi : « créer le Tianxia ». On attribue en général la conception du système à Zhou Gong, le Duc des Zhou, et il est effectivement possible qu’elle soit la création collective d’un groupe de politiques dirigé par Zhou Gong ».
p. 227 « La vraie histoire du monde doit faire le récit de la vie commune de l’humanité à partir d’une description d’un ordre mondial. L’ordre mondial n’est pas celui de quelques pays hégémoniques ou d’une alliance de puissances dominant le monde, mais un ordre souverain qui a pour critère l’intérêt commun du monde. Ce ne sont pas les règles de jeu établies par un pays pour le monde, mais celles établies par le monde pour tous les pays. Le système Tianxia des Zhou n’était qu’un ordre politique « mondial » recouvrant des territoires limités. Il proposait une expérience conceptuelle d’une politique mondiale, mais il annonçait l’histoire du monde. Le monde à ce jour ne s’est pas encore transformé en Tianxia, et la vraie histoire du monde n’a pas encore commencé. »
p. 281 « Nous avons raconté ci-dessus l’histoire de l’antique système Tianxia. C’était une création politique survenue dans une situation historique exceptionnelle qui ne s’est présentée qu’une seule fois en des milliers d’années. Aujourd’hui, la mondialisation est aussi une situation historique très particulière. Bien que les problèmes soient complètement différents trois mille ans après la naissance du Tianxia, une innovation politique similaire est nécessaire. Pour éviter la domination du monde par un système hégémonique, et pour éviter au monde de possibles guerres technologiques futures ou la dictature globale de système technologiques, nous devons bâtir un nouveau système Tianxia, un ordre mondial qui appartient à tous les hommes du monde, et qui dépasse la logique hégémonique en cours depuis le début de l’ère moderne. L’antique système Tianxia possède la contemporanéité du monde d’aujourd’hui et l’avenir du monde de demain. »
Le Tianxia tout sous un même ciel Zhao Tingyang Les éditions du Cerf, 2018 天下
Le concept « Le concept de Tianxia pose comme hypothèse qu’il existe nécessairement des méthodes qui permettraient d’incorporer n’importe quel Autre dans l’ordre de la cœxistence et que même si un tel Autre refusait catégoriquement d’entrer dans le système Tianxia, il existerait nécessairement un mode de coexistence qui préserverait la tranquillité. » Zhao Tingyang
Le Tianxia est une théorie qui désigne un monde qui possède sa propre mondialité, considère le monde, et non pas l’individu, l’État ou la nation, comme un sujet politique.
Considérer le monde comme le monde (Guanzi) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guanzi_(livre) Voir le monde à partir du monde (Laozi / Lao Tseu) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lao_Tseu Avoir une vision plus large que celle de l’État-Nation. Tianxia est inclusif et non exclusif, il supprime l’idée même d’étranger et d’ennemi. Le Yi Jing, Le livre de mutations 易经 La philosophie politique appartient au Tao (dao, la voie) avec pour objectif de savoir quel ordre d’existence serait une contribution (jishan) à la vie en commun. La rationalité relationnelle est une rationalité de la coexistence. Le concept de bienveillance (ren) chez Confucius est le premier modèle de la rationalité relationnelle (l’amour bienveillant, ren ai) Confucius (https://fr.wikipedia.org/wiki/Confucius) avait définit la politique par la formule « Le politicien est droit » (zhengzhe zhengye) et « la politique est faite de vertu ».