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#26/ Les foules du Normandie par DeYi Studio, Shanghai


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#10/ Brad-erie et vide-galeries par DeYi Studio

C’est vraiment moche de jouer de mots sur un prénom ou un nom propre, ami ou pas. Pourtant nous n’avons pas su résister, quoique détestable soit le marketing des titres chez « Libération ». Bref, nous regrettons déjà ce titre idiot pour parler d’un artiste dont nous apprécions le travail, mais il nous pardonnera si nous lui envoyons demain quelques acheteurs. Nous avons reçu un mail de Brad Adkins la semaine dernière. Brad annonçait une vente directe chez lui ce week-end avant son déménagement.

Si vous lisez TINA à Portland il faut absolument vous rendre à la « Moving Sale » chez Brad Atkins, 1609 NE 114th Ave, Portland OR, samedi et dimanche, 12 et 13 octobre, de 11h à 18h, ou dès aujourd’hui de 18h à 21h.

Brad Adkins (BA) vit et travaille à Portland (PDX – code pour Portland International Airport). Habituellement il vend ses oeuvres directement sur son site web BA-PDX (www.ba-pdx.com), conçu comme une boutique en ligne saisonnière. La moitié de l’année Brad gagne sa vie comme peintre en bâtiment pour financer l’autre moitié de l’année son activité artistique. Pendant la période des chantiers il met sa boutique en pause, faute de temps pour gérer les commandes et faire les envois. Lors d’une précédente saison nous avons acheté sur son site un billet de 1 dollar, teinté en vert, vendu 20$.

La plupart des articles en vente sont des surplus d’exposition. Lorsque l’occasion se présente d’une présentation publique de son travail, Brad conçoit et produit une oeuvre pour la circonstance en fonction du contexte. La fabrication d’un objet coûte toujours moins cher s’il n’est pas unique. Passé l’évènement l’oeuvre subsiste donc comme multiple, même si l’intention n’était pas d’éditer un multiple. Et c’est grâce à la boutique en ligne que Brad s’en débarrasse et se rembourse plus ou moins des frais de production. Une manière de vider la galerie ! Il produit aussi parfois directement pour sa boutique des posters, des tshirts et des autocollants. C’est déjà selon nous admirable de désinvolture à l’égard du marché de l’art et de ses logiques spéculatives. Rien ne sert de stocker en attendant une plus-value hypothétique si vous n’avez pas l’intention, l’envie ou la compétence de vous en occuper obstinément. Plutôt que d’enfermer le travail à l’abri des regards dans un entrepôt coûteux que vous finirez par transférer à la déchetterie, mieux vaut le distribuer à prix coûtant et lui permettre ainsi de continuer à exister socialement en infiltrant quelques intérieurs domestiques et univers mentaux, où il pourra éventuellement devenir une ressource pour d’autres.

Depuis peu Brad vend aussi dans sa boutique toutes sortes d’objets de seconde main, plus ou moins étranges, et pour le moins kitch (si tant est que cette catégorie ne dénote pas le mépris de classe de qui s’estime titulaire du bon goût). C’est ce qui nous a intrigué et qui motive ce post pour TINA. Il faut bien sûr se méfier d’une interprétation qui serait biaisée par une méconnaissance du contexte et une incompréhension des enjeux locaux. Nous ne vivons pas à Portland et rien n’atteste que nos questions ici aient une résonance là-bas. Certains gestes pourraient avoir à nos yeux une signification sans rapport avec ce qui les a motivés, et l’intention qui les porte pourrait en fait contredire l’intérêt que nous y trouvons. Mais pourquoi pas finalement ? L’usage que nous en ferons dans notre environnement serait-il invalidé par l’emploi dont ils ont été animés dans leur propre écosystème ? L’intention du geste est-elle plus vraie qu’une interprétation qui ne prétend pas établir la vérité de l’intention mais esquisser la potentialité d’une lecture et d’une fonction nouvelle ? Ces précautions dites, que faire du voisinage sur les pages de la boutique en ligne de Brad des multiples qui semblent d’art et des pièces uniques qui semblent de brocante ?

Quoi de commun entre un Tshirt jaune avec l’inscription « CATS ARE NOT A MONOLITH », un dessin au crayon représentant une religieuse, signé et daté Zimmerman 1986, une fausse paire de jumelles (en fait un double flacon d’alcool, dit « barnocular ») fabriquée au Japon sous la marque « Comoys Of London », et une taie d’oreiller avec l’inscription AH sur une face et HA sur l’autre, sinon que leurs photographies cohabitent sur la même page web ? Ces quatre objets ont au moins en commun d’être vendus 60$. Et c’est précisément selon nous cette même valeur, ainsi que leur voisinage immédiat sur le site de Brad Adkins, qui en fait tout l’intérêt, dans une corrélation dévastatrice et réjouissante. Sur un même plan : un travail de Brad Adkins (la taie d’oreiller), un autre travail de Brad Adkins en collaboration avec Malia Jensen (le Tshirt jaune), un dessin d’amateur (« Sister ») et un objet trouvé (le barnocular). La rigueur d’un artiste conceptuel, l’humour crypté d’internet, l’étrangeté d’un gadget d’occasion, et la naïveté appliqué de l’art du dimanche. Tout ceci cohabite apparemment sans complexe, sans ironie, et sans arrogance ni condescendance. Ce n’est peut-être possible qu’à Portland, cela n’a peut-être aucun sens pour vous, ou peut-être n’avons-nous rien compris, mais c’est tellement, tellement, réconfortant ! Chez DeYi Studio nous rêvons de pareille désinvolture tranquille, pour nous-mêmes qui tentons laborieusement de nous extirper des logiques d’expositions, et pour tant de jeunes artistes si malheureusement professionnels au sortir du diplôme et si sérieusement crispés sur les questions de statut inculquées dans les écoles d’art.

Après avoir écrit ces lignes nous sommes retournés vérifier deux ou trois détails sur la boutique en ligne saisonnière de Brad Adkins. Vous serez certainement déçus de ne trouver plus les objets de seconde main dont nous parlons. Brad nous explique dans un mail « (…) the boot sale items went offline in preparation for the move. going to mostly populate my in-person resale shop with the boot sale items and am revising the online shop to reflect this change. tentatively planning to again host a very small selection of boot sale items at the shop. » Il faudra donc patienter pour revoir la catégorie « boot sale » ou bien se rendre en personne chez Brad à Portand ce week-end. Pour vous consoler tout de même ci-dessous un petit aperçu en vrac.

PS. Si comme nous vous demeurez perplexes en lisant « boot sale », sachez qu’il ne s’agit pas de chaussures mais de coffres de voiture. L’équivalent du vide grenier des villages ici, mais sur des parkings, au pied des voitures, Amérique oblige.
https://en.wikipedia.org/wiki/Car_boot_sale

Crédit photos : captures d’écrans ba-pdx.com

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#8/ Social AI, l’art que nous n’avons pas vu venir par DeYi Studio