Les traces d’un voyage effectué il y a des années pour voir toutes les peintures de Vermeer se révèlent au contact d’une situation, d’une parole, d’une sensation. Il en découle parfois de courts textes dont certains paraîtront ici.
La Dentellière de Vermeer sur le papier fatigué d’un sucre retrouvé au fond d’un sac où aucune main n’avait plongé depuis longtemps. Datant de l’époque où les bars des TGV proposaient des pierres de sucre enveloppées de minuscules reproductions de tableaux célèbres, monuments prêts à fondre dont les emballages, collectionnés par un maniaque, auraient pu devenir la base d’une reconstitution des chefs d’œuvre de l’art après que toutes les œuvres et leurs reproductions sur d’autres supports auraient péri.
Au fond d’une de ses boîtes intitulées Hôtel de la mer, l’artiste Joseph Cornell a collé sur un plâtre bleu clair craquelé, l’image détourée de la Jeune fille à la perle qui s’appelait encore à la fin des années cinquante, quand l’œuvre a été réalisée, La Jeune fille au turban et n’avait pas atteint les sommets de notoriété qu’elle connaît aujourd’hui. L’image est repoussée en arrière par deux tubes en carton blanc qui font comme des colonnes disparaissant dans un faux plafond. Sous le buste de la Jeune fille, le rectangle–socle de la carte d’un «Hôtel de la mer», situé «Quai Vallée 12 et 14. – En face des Bateaux à vapeur établissement de premier ordre, vue magnifique…jardin ombragé..» Dans quel monde cela pouvait-il bien être ? La carte se superpose à une autre adresse, tirée d’un journal, celle de l’Hotel Goldene Son(ne) sous-titré Golden Sun. Je trouve aujourd’hui sur internet deux hôtels Soleil d’or dans deux villes allemandes : l’un à Arnstadt, en bordure de la forêt de Thuringe, l’autre à Landshut, au sud de la Bavière. Aucune de ces destinations ne me dit rien, c’est le cas de beaucoup de gens, je pense. La suite du message se perd dans l’usure du papier comme rongée par le support plâtreux. Ainsi s’entremêlent souvenirs et rêveries, le vrai, le faux, mots recouverts par d’autres, fragments, impression spongieuses qui n’atteignent pas toutes le seuil de la remémoration. La jeune fille de Vermeer restée en bon état, lance comme il se doit hors de la boîte, son regard liquide en direction du spectateur. Sur son vêtement mordoré un léger éclat du papier fait comme une petite mouette. Rien n’annonce dans ce signe que, rivalisant en réputation avec la Joconde, le tableau fera au XXIe siècle l’objet de la première étude neurologique appliquée à une œuvre d’art. Les spectateurs accepteront qu’on leur attache un capteur oculaire et des électrodes autour de la tête afin que leur activité cérébrale soit enregistrée. L’analyse révèlera que face au tableau le spectateur est pris dans une «boucle d’attention soutenue» (Sustained Attentional Loop) : son regard est attiré par l’œil de la jeune fille, puis par sa bouche, ensuite par la perle, de nouveau vers l’œil, et ainsi de suite. Les auteurs de cette intéressante étude constateront également que l’émotion du spectateur est dix fois plus forte devant l’œuvre que quand on lui présente une reproduction.
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