Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 16 décembre 2017
Je lis dehors même en hiver, même quand le froid me gèle les doigts. J’aime l’idée qu’un livre puisse réchauffer davantage qu’un café. Les bancs publics ont toujours été mes bureaux provisoires. Je choisis celui qui regarde le vide plutôt que la foule. J’ai appris à supporter les pigeons, à ne plus sursauter lorsqu’ils s’approchent de moi. Le gris du ciel ne me décourage pas, il apaise mes pensées. On m’a déjà dit que lire ainsi, au milieu du passage, me rendait invisible. J’y trouve une forme de liberté. Les graffitis sur le bois m’amusent, comme si les autres avaient laissé une trace de leur propre passage. Je crois que j’ai plus souvent lu assis qu’allongé. Les bibliothèques me rassurent, mais c’est dehors que je me sens le plus concentré. Je garde toujours un livre dans mon sac, parfois deux, par peur de manquer de lecture. J’ai la manie de relire le même paragraphe plusieurs fois, sans que personne ne s’en aperçoive. Je ne retiens pas les intrigues, mais les phrases qui résonnent entre elles. Les bruits de pas, le crissement des semelles sur le trottoir sec, m’accompagnent comme une ponctuation. Je ne parle jamais à ceux qui s’arrêtent pour me regarder lire. Le monde extérieur devient plus flou dès que j’ouvre un livre. J’ai peur que mes yeux se fatiguent trop vite. Les bancs froids m’engourdissent, mais je n’y pense plus une fois plongé dans la lecture. Je ne sais pas si je lis pour fuir ou pour attendre. Le vent tourne les pages à ma place, parfois trop vite, comme s’il voulait m’empêcher de rester. J’ai oublié combien d’heures j’ai passées ainsi, sans bouger, àlaisser passer les saisons. Les passants m’effleurent, ils ne me voient pas. J’ai toujours rêvé d’écrire un livre que quelqu’un lirait dehors, dans cette position inconfortable. Je préfère les chapitres courts, qui s’interrompent comme une marche suspendue. Le froid donne aux mots une intensité particulière. J’aime la compagnie des feuilles mortes, elles me rappellent l’automne de mon enfance. Je crois que je lis pour me souvenir. Le banc est mon refuge provisoire, mon adresse sans maison. Je ne cherche pas le confort, je cherche le silence intérieur. Chaque livre que je finis ici reste lié à la couleur du ciel. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que je cherche en ouvrant ces pages, mais je continue. Lire dehors, c’est m’exposer aux regards sans rien livrer de moi.
Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 5 décembre 2017
Je marche vite quand je suis pressée mais je ralentis toujours devant les chantiers, je pourrais rester des minutes entières à regarder une pelleteuse pivoter, creuser, rejeter la terre, à observer le ballet des ouvriers au travail, comme si leur mouvement répétitif m’apaisait, je n’ai jamais su expliquer pourquoi. Je travaille dans une petite société informatique, dans laquelle je suis secrétaire. Je collectionne les petits sachets de sucre qui accompagnent les cafés que je commande, je ne les ouvre jamais, je bois mon café sans sucre, je les accumule dans un tiroir sans raison valable. Je n’ai jamais aimé le goût de la banane, même enfant, même dans les gâteaux. Dans la boulangerie de l’autre côté du boulevard, je doute qu’il y ait encore des baguettes épi comme celles que je mangeais dans mon enfance. J’aime entendre mon prénom prononcé par des personnes que je viens de rencontrer ou que je connais à peine, ils vibrent entre leurs lèvres dans une étonnante tessiture qui me trouble. J’aime le bruit des glaçons dans le verre en carton du Mac Do, le son se transforme en fonction du volume qu’on est en train de boire. Manger en extérieur c’est une expérience courante dans mon pays d’origine, ici c’est plus compliqué, les gens vous regardent de travers comme si vous mangiez dehors parce que vous n’avez pas de chez vous. Je bois trop de café, certaines nuits je me réveille dans mon lit, avec l’énergie que j’ai en pleine journée, l’esprit vif, déterminée. Je fais trop vite confiance aux gens qui me sourient, j’ai tendance à tout leur passer. Je dors avec la fenêtre entrouverte même en plein hiver, j’ai besoin de sentir l’air circuler autour de moi pour pouvoir m’endormir. Je me récite parfois les capitales du monde dans l’ordre alphabétique pour calmer une angoisse qui monte. Je me trompe souvent mais ça n’a aucune importance. Je n’aime pas qu’on me demande de choisir un plat pour les autres au restaurant, pourquoi devrais-je décider à leur place ? J’ai la manie de passer ma main dans mes cheveux quand je réfléchis. Je déteste ma voix enregistrée, comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre. Je garde dans une boîte les tickets d’entrée des musées que j’ai visités, je ne les regarde jamais mais je ne parviens pas à les jeter.
L’été, je supporte assez bien la chaleur, mais si je bois un verre d’eau trop fraîche, ma gorge se serre et je me mets à tousser. Je n’aime pas ne pas terminer mon assiette. La toponymie des villes me fascine. Je ne fume plus depuis la naissance de ma fille aînée. Je regarde défiler les nuages dans le ciel. Lorsque je me contemple dans le miroir, c’est le visage de mon père que j’y vois. Les femmes que je désire ne se ressemblent pas, je n’ai pas de type de femmes. Je ne mange que des glaces à l’eau, parfois des sorbets. Je ne me lave que tous les deux jours. Je ne supporte pas la margarine. J’ai le sens de la répartie. J’aime jouer avec les mots. Mes yeux ne sont pas formés de la même façon, le gauche est un peu plus gros que le droit. Dessiner des ronds ou des ellipses sur une feuille de papier me détend. Je collectionne les cartes à jouer trouvées par terre dans la rue. Je note tous mes rêves dans un carnet mais je ne le relis jamais. Quand j’entends le mot consigne, je ne pense pas comme ceux qui écrivent à l’écriture d’un texte à contrainte, mais aux bouteilles qu’on rapportait dans ma jeunesse pour leur recyclage. Je préfère les chiens aux chats même si je n’ai aucun animal domestique chez moi. J’allume souvent la télévision en fond sonore. Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec une prostituée, l’idée même me révolte. Je suis attirée de plus en plus par des femmes plus jeunes, sans parvenir à savoir ce qui m’attire en elles. Je ne peux pas aller à la mer sans m’y baigner, quelle que soit la saison et la température de l’eau. Je redoute l’arrivée de l’hiver. Je n’ai jamais fait grève. Je ne suis jamais allé en Turquie. Dans la rue, il m’arrive de parler seul à voix haute. Il m’arrive aussi de m’amuser à marcher les yeux fermés en essayant de tenir le plus longtemps possible. J’aime me lancer des défis. Au Japon, une légende raconte que les objets qui atteignent leur centième anniversaire peuvent prendre vie. On les appelle les tsukumogami. J’ai été objecteur de conscience, aujourd’hui plus personne ne sait ce que ça signifie. J’aime la bière et le vin blanc. J’ai peur de vieillir, mais mourir me semble inéluctable.
Je voudrais arrêter de travailler.
Je me coupe toujours les ongles des pieds trop courts, au point d’avoir parfois mal quand je marche. J’allume rarement des bougies mais j’aime sentir l’odeur de la fumée quand on les souffle. J’ai longtemps cru que j’étais doué pour le dessin avant de comprendre que j’avais surtout le sens de l’observation. Dès qu’il fait beau, je ne porte plus de chaussettes dans mes chaussures. Lorsqu’un problème de connexion survient dans mon immeuble, je me sens soudain démuni sans connexion. J’imagine aussitôt la ville plongée dans le noir sans électricité, dans l’impossibilité de communiquer, de s’envoyer des messages, de se téléphoner, d’échanger en ligne, de se connecter. Je pourrais prendre un livre, mais quelque chose m’en empêche tant que le problème n’est pas réglé à la maison. Il m’arrive d’aller dans un restaurant de mon quartier, parce que j’y suis le plus souvent le seul client et que la patronne m’accueille comme si la salle était comble. Pour elle, je continue d’y aller même si la cuisine de son mari n’est plus aussi bonne qu’avant. Ce n’est pas le soleil que j’aime, c’est la lumière du soleil, en été comme en automne, au printemps comme en hiver. Je ne porte jamais de montre, je préfère regarder l’heure sur mon téléphone. Je ne suis pas superstitieux mais je touche du bois assez souvent, c’est un réflexe hérité. Le regard insistant d’une femme peut me faire rougir. Je parle trop vite quand je suis nerveux. Je suis incapable de siffloter, ça sort toujours un peu de travers. Je m’endors mieux dans le train qu’à la maison, sans doute à cause du roulis des wagons. Je garde les sacs en papier des boutiques où je suis allé, je ne parviens pas à jeter les stylos qui ne fonctionnent presque plus. Je fredonne des chansons dont j’ai oublié depuis longtemps les paroles. Je commence chaque année un agenda que j’arrête d’utiliser au bout de trois semaines. Je me dis souvent que je vais changer, que je vais simplifier les choses, et je finis par recommencer exactement comme avant.
L’évènement #06 de la revue TINA intitulé MIL#M à eu lieu le samedi 29 novembre 2026 de 15h à 18h. Avec les interventions et lectures de Lee Chia, Antoine Dufeu, Julie Vayssière, Héloïse Aloncle, Pierre Ménard, DeYi Studio, Élisabeth Sierra, Frédéric Arnoux, Marie Glaize, Christine Lapostolle, Frédéric Moulin, Éric Arlix.
14h37 qui va venir avec ces conditions météo défavorables ?
interventions de 1 à 4 minutes, ici Marie Glaize
une photo à faire, un QR code à suivre, un signe à trouver
Le livre « Le versant animal » de Jean-Christophe Bailly, s’ouvre sur une séquence quasi cinématographique, celle de la rencontre sur une petite route de campagne, la nuit, avec un chevreuil : l’animal surgit, il fuit dans les phares du véhicule qui le suit sans le rattraper. C’est un moment de temps suspendu, une grâce, un accord parfait entre le suivi et le suiveur, puis la fin soudaine et prévisible, fluide et légère, où les lignes de vie des deux êtres divergent et se poursuivent chacune de son côté.
Cet été, sur la rocade de Rennes, à cinq heures du soir, au milieu d’un trafic chargé, poids lourds, camping-cars, voitures, je venais de Paris, j’étais fatigué, je roulais en respectant la limitation de vitesse. Soudain devant moi s’est dressé un chevreuil. La seconde d’avant il n’y avait rien, la seconde d’après il était là. Dans le bref instant précédant le choc, j’ai souhaité très fort que ce ne soit pas vrai. La forme de son corps, de son corps gracieux et délié, la couleur fauve de sa robe, rien ne collait avec les files de voitures, le bruit des moteurs, le déroulement des bas-côtés. Il n’aurait pas dû être là. Mais il y était et je l’ai percuté. Je l’ai vu partir dans mon rétroviseur, tournoyant horizontalement entre les voitures à travers les trois autres voies de la chaussée. Je me suis arrêté. Tout ce que j’avais envisagé dans le futur proche s’était évanoui brusquement. J’ai senti presque physiquement que je cédais à contre cœur, par secousses successives, à cette irruption du réel. Nos deux lignes de vie n’avaient pas divergé légèrement : le chevreuil était mort et moi je n’avais rien. J’ai continué à vivre et lui, qui était une « entrée dans le monde », avait cessé d’exister.
Le monochame cordonnier, Monochamus sutor, est un coléoptère de la famille des capricornes avec des antennes articulées très longues et fines. Ses élytres semblent faites de cuir grainé brun-noir et sont tachetées de petits points jaunes. C’est un très bel insecte, au dessin délicat et précis. Un jour à Saint-Paul de Vars, dans l’Ubaye, c’était l’été sous les platanes, j’en ai trouvé un sur le sol en regagnant ma voiture. Il avait été écrasé. Son abdomen laissait échapper une matière visqueuse comme si on avait pressé sur un tube et il était collé sur le bitume. Ses antennes vibraient encore et il agonisait lentement sous le soleil. Je l’ai achevé. En frottant sur le sol il m’a semblé le sentir crisser sous ma semelle. À la fin, il ne restait plus qu’une sorte de grumeau noirâtre, un mélange de poussière et de résidus organiques. Monochame cordonnier. Je le dis, même si ce n’est qu’un nom d’espèce, pour l’appeler par son nom.
Une amie m’a confié sa perplexité : elle possède une grande photographie d’Eric Poitevin, qui représente un chevreuil mort, grandeur nature, suspendu par une patte sur un fond incertain de taches et de brindilles. Elle tient beaucoup à cette œuvre. Mais voilà : elle déménage bientôt dans une grande maison qu’elle va partager avec plusieurs personnes. Elle craint que ces personnes ne soient pas ravies d’avoir sous les yeux en permanence cette photo. Comment faire ? Nous cherchons des solutions, c’est un jeu : une autre œuvre de la même taille exactement, accrochée par-dessus ? La construction de volets pour la dérober aux regards, avec ouverture réservée à certains jours, comme ces polyptiques médiévaux qu’on ouvrait pour les offrir à l’adoration des fidèles lors des fêtes de la Nativité ? Non, non, elle sait ce qu’elle va faire : elle va mettre un rideau vert devant pour la dissimuler, tout comme son premier propriétaire l’avait fait pour cacher « l’Origine du monde » de Gustave Courbet.
Michel Dupuy travaille à partir de matériaux trouvés qu’il s’approprie. Il en fait des performances, des images de dessins, des peintures, des textes, des photos. @michel__dupuy
Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 23 novembre 2018
Je suis assise au bout du banc, dans ma parka au col de fausse fourrure, ma besace noire posée juste à côté de moi comme un rempart fragile, quelque chose qui me sépare des autres, qui dit sans le dire que je n’ai pas envie de parler, ni de croiser le regard des autres. Je ne suis pas timide, je suis solitaire, les mauvaises langues disent asociale. Je n’ai jamais su faire la différence entre asociale et associable. Je fais semblant de regarder quelque chose devant moi que je ne regarde pas vraiment, je cherche seulement à ne pas tourner les yeux vers cet homme silencieux qui, je le sens, fait tout pour ne pas me déranger, en retrait, à l’extrémité du banc, prêt peut-être à repartir aussitôt, et pourtant sa présence me dérange, même si nous nous ignorons avec obstination, même si nous jouons tous les deux à faire comme si nous étions seuls ici. Ce qui m’intrigue, c’est de ne pas comprendre pourquoi il se tient si loin de moi, sur la bordure du banc. Je ne voudrais pas qu’il se rapproche mais la distance qu’il a mise entre nous est un message tacite plus troublant que son silence et son indifférence. Je n’aime pas jouer, il y a toujours un gagnant et un perdant et je ne suis jamais du bon côté. Je n’ai jamais compris l’expression jouer à qui perd gagne. Comment un désavantage apparent pourrait procurer un avantage réel ? Cet homme s’est assis peu après moi, j’attends un peu avant de me lever pour ne pas lui donner l’impression que je le fuis. Il n’y a que moi pour me soucier de ce genre de détails. Je me concentre sur mon propre corps, sur la fatigue de mes épaules. Je pense à tout ce qu’il y a à faire aujourd’hui. Je voudrais être ailleurs, marcher, bouger, mais quelque chose me retient ici, quelque chose de plus subtil qu’un simple besoin de repos, comme une sensation étrange que ce moment partagé, d’une densité si particulière, même dans le silence, même dans l’ignorance feinte, révélait une part inconnue de ma personnalité, comme si je me découvrais dans cet espace réduit, et que le fait de ne pas regarder l’autre révélait encore davantage ma fragilité, mon hésitation, mon besoin de me protection. Les voitures passent sur le boulevard, j’entends des bribes de conversations qui flottent dans l’air, tout cela me traverse et se dissipe sans me toucher vraiment. Je garde mon regard fixe, je me tiens raide, je ne bouge presque pas, je fais semblant d’être indifférente mais je sens une infime tension, une vibration presque imperceptible entre le bord de mon manteau et l’espace où il s’est assis, comme si le simple fait d’être deux sur ce banc formait déjà une histoire que nous refusons de nommer. Je me demande combien de temps cela va encore durer, combien de secondes avant que l’un de nous se lève et brise enfin ce fragile équilibre que je fais pourtant tout pour maintenir.
Je me suis assis sur le rebord du banc, à moitié dans le vide, pour ne pas donner l’impression d’être trop près de cette femme à l’autre extrémité. J’ai glissé mes mains bien au fond de mes poches parce que j’ai froid, un froid qui pique un peu plus quand on n’a pas très bien dormi. Toutes les nuits c’est pareil, je me couche tôt pourtant, je sombre rapidement dans un sommeil profond, mais je me réveille au milieu de la nuit, ensuite impossible de me rendormir. Je tourne toute la nuit dans mon lit, sans parvenir à trouver le sommeil. Je pense trop, dit ma femme, avec une pointe d’ironie. Il y a des tensions dans l’atelier et cela me mine le moral. Je garde mon bonnet bleu bien enfoncé sur ma tête pour avoir chaud, mais des fois je voudrais me sentir libre de me cacher dessous, disparaître aux yeux des autres, mais je n’ose pas le faire. Je regarde au loin, le nez légèrement levé, comme si je voulais voir quelque chose de plus vaste que le trottoir devant moi, quelque chose qui s’étend plus loin que les passants, les façades des immeubles d’en face. Je regarde les arbres qui commencent à perdre leurs feuilles, les fils électriques, les entrées et sorties dans la sanisette. Je m’invente un paysage pour ne pas réfléchir à ce que la femme à mes côtés doit penser de moi, pour ne pas croiser son regard, lui montrer que je ne veux pas la déranger, que je ne suis pas un problème, je ne suis pas ce genre de type, lourd, et mal élevé. Je voulais seulement m’asseoir un moment avant de rentrer à la maison. Je sens pourtant sa présence, même sans tourner la tête. Je sens dans l’air quelque chose de retenu qui circule entre nous. Je reconnais son parfum et cela me surprend. C’est le parfum de ma tante. Elle est morte il y a quelques années déjà, c’était un parfum poudré de vieille dame. C’est étonnant de le sentir sur le corps de cette femme. Je me fais discret, malgré mon corps un peu enveloppé, calé au bord pour occuper le moins de place possible. J’attends que mes doigts se réchauffent au creux de mes poches. Je n’oublierai jamais la première fois qu’enfant on m’a traité de monstre. C’est une blessure qui ne peut guérir. Je me dis que c’est ainsi depuis toujours, je suis habitué à faire attention, à me tenir sur le côté, à éviter les gestes qui pourraient faire peur ou mettre mal à l’aise les autres. Je sens pourtant que notre silence commun crée une forme de lien invisible, je me demande si elle ressent la même chose, cette étrange coexistence, ce léger trouble qui flotte dans l’air malgré notre indifférence affichée. Je me demande combien de temps encore je vais rester assis ainsi, immobile, combien de temps nous allons continuer à faire semblant, sans un mot, sans un regard.
Où je confirmerais qu’un site historique fermé apporte bien plus qu’il n’y paraît.
Une forteresse de montagne datant du XVe siècle, un écrin médiéval, des paysages à couper le souffle. Heureusement le château est fermé, ouverture début juillet, quasiment seule sur le site je fais le tour du donjon, l’impression de déambuler dans un décor de film en attente de l’équipe de tournage, un film d’heroic fantasy à la Game of Thrones probablement.
Je suis assise sous un arbre où une table et quatre chaises semblent avoir été disposé pour les visiteurs qui se seraient trompés de dates ou d’horaires. Une famille arrive en SUV. Eh oui c’est fermé. Le père prend quelques photos du donjon, la mère insiste pour que leurs deux enfants sortent de la voiture, prendre l’air, se dégourdir les jambes, profiter de la richesse architecturale du site. Les deux pré-ados ne semblent pas déçu d’éviter une visite par un guide trop sympathique, trop versé sur les anecdotes et une pluie de dates qui ne leur disent rien de précis. L’incarnation en princesse et chevalier sera retardée, leurs smartphones faciliteront l’attente. La mère m’adresse un signe de tête sans parole je leur adresse un coucou de la main gauche, la main droite tenant une touffe de pissenlits ramassé juste avant. Fin de l’échange, ils repartent, des châteaux il y en a partout dans la région, leur mission sera atteinte dans l’heure suivante.
J’étale sur la table les feuilles de pissenlits que je viens de ramasser, les classe par taille, les superpose puis les enroule en boule pour la salade du dîner. Je sors ensuite mon paquet de post-it vert fluo et mon feutre noir. Je veux laisser un petit mot aux prochains visiteurs du site. J’hésite plusieurs minutes avant d’écrire « Les châtelains sont partis au Super U à demain ». Je dispose le post-it sur le panneau d’information. Je vais me rassoir. J’attends trente minutes. Des jardiniers arrivent, deux dans un pick-up. Ils descendent du véhicule une tondeuse à gazon plus grosse qu’eux, il est temps de repartir au galop à travers champs, ma chevelure au vent, semant des fleurs sur mon divin passage ou plutôt, je mets mon barda sur mon dos et je repars à pied chevelure sale et emmêlée, une culotte en train de sécher au vent sur un bâton comme étendard, direction le nord.
Où j’observe aux jumelles des mouflons corses importés devenus auvergnats et revendiquant fièrement leur territoire.
J’attends jumelles rivées sur les yeux. Je ne bougerais pas sans les avoir vus. Importés de Corse et ré-introduits dans les années 1970 ils sont aujourd’hui environ quatre cents à s’adonner à l’alpinisme. De vrais pros. Rien, je patiente en vidant mon dernier sachet de fruits secs, l’immensité du paysage devant mes yeux me fait oublier la baisse de la note de la France par les agences de notation anglo-saxonnes. Je me console comme je peux en les attendant, toujours rien, je ne dois pas les mériter au bout de deux heures d’attente, je comprends le message en finissant la noisette orpheline au fond de mon sachet. Je la mâche lentement en observant les rochers et leur cinquante nuances de gris et les pelouses subalpines juste en dessous d’un vert à l’intensité fluo. C’est ma journée de marche où je marcherais le moins, attendre est aussi un plaisir. Je patiente en observant des rapaces, deux marmottes et surtout ce vert intense de pelouses que jamais les petits bourgeois d’aucun pays ne pourront reproduire devant leur pavillon. C’est satisfaisant, une couleur exclusive pour un lieu spécifique.
Fin d’après-midi je ne suis plus seule, des couples, des familles, des petits groupes prennent position, équipés en apéro en grignotage et en jumelles pour assister au spectacle. Trente minutes plus tard les mouflons sont là. Incroyable. Il y a-t-il un horaire de lâcher de mouflons ? Est-il imprimé dans un guide que les mouflons arrivent exactement à 17h45 ?
De jeunes femmes court-vêtues caressant des carrosseries rutilantes chez un concessionnaire d’automobiles haut de gamme en récitant quelques arguments techniques, voilà des vidéos promotionnelles qu’on oserait plus faire. Et pourtant… Jusqu’à ces derniers jours la marque Lexus (division luxe de Toyota) publiait quotidiennement sur les réseaux sociaux chinois de très courtes vidéos de ce genre, avec une visibilité moyenne. Mais heureusement une femme de ménage, surnommée tante Lei, vient de bouleverser cette morne routine de communication en battant tous les records d’audience. L’un des vidéastes préposés à la production de ces vidéos médiocres s’est amusé la semaine dernière, par plaisanterie ou provocation, à filmer tante Lei qui passait la serpillère près d’une voiture du show-room. Il lui a demandé de vanter la voiture en lui faisant répéter quelques boniments approximatif. Tante Lei a joué le jeu très naïvement et maladroitement, mais avec un tel naturel et une telle sincérité que des milliers de « like » sont venus aussitôt encourager la réalisation d’autres clips sur le même principe. Et ça continue. Souvent tante Lei oublie son texte et une voix hors champ lui souffle la réplique ou corrige ses erreurs, ce qui accentue le ridicule de ces saynètes publicitaires dérisoires, sans que jamais elle ne se départisse de sa bonne volonté touchante.
Dans l’une des premières vidéos elle présente une valise d’accessoires offerte en bonus en annonçant fièrement que si vous achetez la valise elle vous offre la voiture. Parfois elle improvise et vante des qualités qu’aucun vendeur n’avait remarqué. Et pour cause. La ressemblance du pommeau changement de vitesse avec un ravioli, le fait qu’une manette quelconque puisse bouger dans toutes les directions, le nombre de voyants lumineux sur le tableau de bord. Autant de caractéristiques qui semblent ravir tante Lei, qui visiblement n’a jamais conduit. Et surtout, tante Lei a pris l’initiative d’un leitmotiv qu’aucun rédacteur d’agence n’aurait pu inventer : « 你们喜欢吗? ? » (Ni men xi huan ma ? / Est-ce que vous aimez bien ?). Terriblement banal, mais justement, et répété comme un refrain avec l’accent d’un dialecte provincial, cela finit par être un excellent slogan. « Vous avez vu tous ces boutons ! Est-ce que vous aimez bien ? ». « Vous avez vu comme ça brille ici ! Est-ce que vous aimez bien ? ». Puis elle conclut la séquence avec « 买车来俊展雷克萨斯来找我吧 ! » (Mai che lai Junzhan Lexus lai zhao wo ba ! / Venez me trouver et achetez cette voiture). Mais joindre le geste à la parole reste difficile quand on a du mal à mémoriser son texte, et le smiley « cœur » qu’elle esquisse avec les deux mains, bras ballants à hauteur du ventre plutôt qu’au niveau du cœur, paraît bien plus défaitiste et démoralisé que positif et motivant. Peu importe, ce sont les maladresses qui font l’authenticité, et le succès est au rendez-vous.
On peut s’étonner à première vue qu’une marque premium puisse faire de tante Lei son ambassadrice. Comment une femme de ménage pourrait-elle convaincre les acheteurs potentiels de voitures qui peuvent coûter plus de 100.000€ ? Bien sûr, on le sait, il n’est pas question de convaincre, mais simplement d’attirer l’attention. Et le contre-pied est maître en surprise, humour et séduction. Une brave dame en blouse grise à la place d’une jolie fille en mini-jupe. Le cliché est détourné et la probabilité déstabilisée. Le déséquilibre sonne comme une alarme qui active notre vigilance par la tension qu’il provoque. Tension, attention. Mais cela ne suffit pas. Dans une logique de promotion il reste nécessaire de convertir la curiosité du décalage en sympathie pour la marque. Tension, attention, promotion. Dans le cas de ces vidéos le bénéfice supposé pour Lexus est sans doute un rajeunissement de son image en mobilisant les codes esthétiques de Tik Tok. Pourtant les jeunes générations ne sont pas en mesure d’acheter une Lexus et il ne sert à rien de les séduire, sauf à parier sur une contagion dans les goûts. Reste l’hypothèse d’une manière de rassurer les véritables clients qui peuvent ainsi à bon compte s’estimer capable d’apprécier la voiture à son juste niveau en toute rationalité, bien au delà de la fantaisie béotienne des arguments de madame Lei, qui de toute évidence ne pourra jamais s’offrir cette voiture. Moquerie et mépris de classe en somme, car le premium est une affaire de standing. Et voilà la distinction habilement convertie en rationalité par contraste avec la naïveté. Magique ! Tout le monde like et reposte. Nous aussi malgré tout. Les voies du buzz sont impénétrables, et nous ne sommes décidément pas qualifiés pour une analyse de la stratégie marketing de Lexus ou de son concessionnaire chinois.
Mais alors que nous inspirent ces mini-vidéos Lexus ? Disons d’abord que personne n’ira prétendre qu’il y a là une critique de la publicité. C’est juste de la publicité. Subvertir les codes ou les contenus sans remettre en cause le contexte ne fait que brouiller les pistes et consolider le cadre, contrairement à ce que l’on prétend en général dans les expositions. On se souvient de Bingham Madsen, le personnage du second épisode de la première saison de « Black Mirror », dont la révolte spectaculaire remporte tous les suffrages d’un jeu télévisé et lui permet finalement de créer sa propre émission dans le monde qu’il contestait et dont il voulait sortir. Pour subvertir un système il faut d’abord vouloir le renverser, pas y participer. Les artistes devraient peut-être y réfléchir davantage.
photos : copies d’écran sur WeChat (impossible de partager les vidéos hors de WeChat, logique de plateforme oblige…) cf. brève compilation de seconde main trouvée sur YouKu : https://v.youku.com/v_show/id_XNjUxMDQxMDYyMA==.html?
Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 14 novembre 2018
Je suis daltonienne, ce qui est assez rare chez les femmes. Les hommes possèdent un chromosome X et un chromosome Y, le gène anormal transmis génétiquement ne peut donc pas être compensé. Le froid de ce matin s’insinue sous ma jupe trop légère, mes jambes frissonnent, je ne pensais pas rester si longtemps dehors, je suis sortie faire des courses. Je ne travaille pas le lundi. Je n’avais pas prévu cet appel. J’ai l’habitude d’utiliser beaucoup d’adverbes dans mes phrases. Quand j’étais enfant je n’aimais pas la corde à sauter. Je préférais jouer aux billes avec les garçons. Je voudrais disparaître, devenir invisible, prisonnière de cette conversation que je n’arrive pas à interrompre. Je décroche dès que j’entends le téléphone sonner sans même regarder qui m’appelle, ça me joue des tours sans arrêt. Ses mots à lui déferlent, ses reproches, ses insistances, il me dit que je ne comprends pas, et moi pendant ce temps je cherche mes mots, je voudrais dire que ce n’est pas le moment, que je ne peux pas parler ainsi dans la rue, que je n’ai pas la force d’expliquer encore. Ma voix tremble, les phrases se coincent dans ma gorge, sortent maladroites, trop lentement, la gêne m’envahit, l’impression que les passants devinent, à mon air accablé, ce qui est en train de m’arriver. J’aime conduire les fenêtres grandes ouvertes en écoutant la musique très fort pour lutter contre le bruit du vent et du moteur. Je voudrais fuir, raccrocher, mais je n’y parviens pas. Mes amies me soutiennent, mais je n’arrive pas à tout leur dire. Je reste immobile, la main crispée sur le téléphone, les yeux fixés sur le sol sale, ce trottoir que le soleil rasant rend encore plus laid, les papiers gras, qui renforcent ma gêne. Au cinéma, même quand un film me déplait, je n’arrive pas à sortir de la salle. Je répète que non, ce n’est pas possible, ce n’est pas si simple. Je n’arrive pas à comprendre le sens des dictons et proverbes les plus courants. À chaque fois, je comprends leur sens différemment des autres. Pierre quiroule n’amasse pas mousse, signifie par exemple qu’on ne s’enrichit pas en changeant trop souvent d’état, de métier, de lieu, mais je le comprends tout autrement parce que je n’accorde pas la même valeur à la mousse qui pour moi a un aspect négatif. Au tennis, je fais durer l’échange le plus longtemps pour fatiguer mon adversaire, mais quand il faut monter au filet, c’est plus difficile. J’ai les jambes coupées, le souffle court. Je voudrais être ailleurs, rejoindre la foule. Je suis à découvert, et tout mon corps répète en silence que je ne veux plus de ça, je voudrais que tout s’arrête.
Nous sommes sur la passerelle au dessus du second magasin « Beer Lady » à Shanghai. Le premier se trouve à 500 m. d’ici sur la rue Fahuazen, et le troisième dans un autre quartier, près de la station de métro Xinzha Road. Nous allons vous raconter ici l’histoire de Zhang Yindi. Voici donc une petite fable sur la sérendipité, qui est l’art de trouver ce que l’on ne cherchait pas.
Il était une fois une bonne dame shanghaïenne endormie derrière son photocopieur au fond de sa petite épicerie de Fahuazhen Lu. Nous nous souvenons l’avoir réveillée plusieurs fois, toujours souriante et joviale, pour photocopier le passeport d’un ami artiste invité. Il fallait parfois attendre que le photocopieur se réveille aussi, et chauffe un peu avant de s’activer.
À l’époque nous accueillions des artistes pour l’école offshore et nous les logions dans un petit studio à Xingguo Lu. A chaque fois qu’un artiste arrivait à Shanghai il fallait passer l’enregistrer au commissariat, et le commissariat de police du quartier est situé à Fahuazhen Lu. Généralement les étrangers qui se présentent au guichet d’enregistrement n’ont pas pensé à prendre des photocopies de leur passeport, et l’agent de police à l’accueil leur indique une petite boutique face au commissariat pour aller faire une copie. C’était la petite épicerie de Madame Zhang Yindi.
Madame Zhang Yindi avait ouvert depuis longtemps une petite épicerie qui devait faire environ 12m2. Très vite elle avait posé sur son comptoir une photocopieuse afin de rendre service aux étrangers venu s’enregistrer au commissariat voisin. Il n’était pas rare que ces clients de passage achètent une boisson, et assez souvent une bière.
Un jour en attendant que la photocopieuse se ranime nous avons remarqué qu’il y avait un bon choix de bières différentes, au milieu du fouillis des milles produits d’une épicerie de quartier. Quelques mois plus tard le choix avait encore augmenté et nous remarquions qu’une petite table ronde et trois tabourets en bois vernis dans un style pseudo rustique avaient remplacé un rayonnage de produits ménagers. Une autre fois nous constations que la variété des bières disponibles devenait vraiment très étonnante.
Les visiteurs étrangers qui remarquaient comme nous ce choix inhabituel de bière ne connaissaient pas le nom de madame Zhang Yindi, ou ne pouvaient pas le mémoriser. Quelqu’un la surnomma Beer Lady, et cela amusa Zhang Yindi qui par ailleurs aimait bien la bière et avait évidemment remarqué que ses bières lui attiraient des amis et des clients. C’est ainsi que madame Zhang Yindi devint Beer Lady.
Quand madame Zhang Yindi décida d’ajouter deux tables pseudo-bavaroises au milieu de l’épicerie elle se trouva un peu à l’étroit dans sa boutique minuscule. A l’époque elle avait déjà abandonné le commerce de l’épicerie pour ne plus vendre que des bières, mais il devenait évident que l’espace ne lui permettrait pas d’aller au delà des 200 marques de bières qu’elle proposait.
C’est alors que madame Zhang Yindi pu saisir l’opportunité de louer un grand local juste à côté de sa boutique de Fahuazhen Lu afin d’ouvrir un véritable supermarché dédié à la bière. Tout naturellement elle choisi d’utiliser son surnom de Beer Lady comme enseigne du nouveau magasin. De 200 types de bières elle pu ainsi passer rapidement à 1 570 bières différentes.
L’originalité non préméditée du concept de Lady Beer fut de proposer un très grand choix de bières ailleurs que dans un bar. Elle est la première à Shanghai à avoir commencé à vendre en magasin des bières artisanales provenant de plus de 40 pays différents. La combinaison de rayonnages en self-service et de tables où s’installer pour boire et bavarder entre amis semble évidente et banale mais c’est en réalité une sorte d’innovation. L’ambiance clinique d’un supermarché avec sol carrelé, néons industriels et armoires réfrigérées aux portes vitrées n’a rien à voir avec l’ambiance sombre et feutrées des tavernes et autres pubs ordinaires. Les prix sont beaucoup plus abordables que dans un bar. Cela fit l’originalité et sans doute le succès de Beer Lady.
Les problèmes de voisinage causés par le bruit des clients bavardant ou chahutant sur le trottoir transformé en terrasse avec quelques tables et chaises ont obligé madame Zhang à chercher un autre local qui puisse rester ouvert le soir, et c’est celui devant lequel nous sommes, près d’un métro aérien et d’une autoroute dont le vacarme couvre les éclats de voix et les rires des buveurs. Emportée dans son élan par le succès, Beer Lady a ensuite ouvert encore trois autres points de vente à Shanghai, de plus en plus grands.
Toute fable a une morale, mais il n’est pas question pour nous de faire l’apologie du capitalisme. Nous ne chantons pas les louanges du succès commercial de Beer Lady, même si nous ne renions pas un certain éloge de la libre entreprise. Nous ne rêvons pas de voir bientôt autant de Beer Lady que de Starbuck… Ce n’est pas l’obsession du profit qui a guidé Madame Zhang Yindi. Elle a fait ce qu’elle souhaitait faire. Elle a suivi ses intuitions mais surtout son plaisir. Elle aimait simplement la bière et buvait volontiers. Elle était heureuse de partager son plaisir et de se faire des amis avec les défis de buveurs dont elle sortait toujours vainqueur. Madame Zhang Yindi a l’habitude de dire qu’elle aime la bière plus que sa vie, et que la bière contient tout ce qu’elle veut dire et tout ce qu’elle ne peut pas dire.
S’il y a une morale c’est celle de l’opportunisme comme intelligence de la situation.
Texte lu à deux voix, en chinois et en français, avec un petit haut-parleur de guide touristique, le 26 mai 2018, à Shanghai sur la passerelle piétonne au dessus de l’avenue Yan’an, sous l’autoroute et la voie aérienne des lignes 3 et 4 du métro, à l’invitation de Gabrielle d’Alessandro dans le cadre de l’après-midi « Le pont que je prends tous les matins », avec Killian Cahier, Yasmine El Amri, Lang Gancao, Angeline Girard, Pauline Lecerf, Léopold Prudon, Alisson Schmitt.
vue du 5ème Beer Lady à Songjiang, dans la banlieue de Shanghai.
Aujourd’hui, après la crise du Covid et le confinement de Shanghai les trois magasins Beer Lady que nous connaissions sont fermés. Il semble que deux autres sont encore ouverts, celui de Suzhou Creek et celui de Songjiang.