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#16/ Fabrication d’un jeu à l’interstice des mondes par Aurélia Zahedi


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#15/ This is it, ma journée du 21 octobre 2024 par Éric Arlix

Dans le capitalisme tardif et sans doute indépassable la journée est rythmée par des roquettes ou des amendements, par des rendez-vous politiques ou people, parfois les deux entremêlés, par des indignations ou des laisser-faire dans un mega-production permanente (le mot Spectacle n’est plus assez fort vu les moyens déployés), par des révélations sans conséquence ou par des manipulations conséquentes.

Je lis trente pages de Tout l’Univers XVI, je me marre plusieurs fois, je bois un thé oloong, je pars sur les bords de Seine voir les cormorans au Pont du Port à l’Anglais, une bonne trentaine dans cette tribu, c’est la ville sauvage.

Dans le capitalisme tardif la journée est rythmée par des individus effectuant des courses, déplaçant des objets et des matériaux, parcourant pour cela parfois de longues distances pour profiter d’une promotion, d’un bon plan discount, comme un pisteur lors d’une chasse au néolithique, c’est la principale activité.

Je me rends à Porte Dorée en traversant Charenton et le bois de Vincennes pour m’acheter un banh mi tofu sans piment 6,50 euros je le mange en repartant chez moi.

Dans le capitalisme tardif la journée est rythmée pour la grosse flippe d’un gros boum (troisième guerre mondiale, crise financière, piratage mondial de l’infrastructure bancaire numérique, nouvelle pandémie double XL, etc.) et de fait il faut acheter des trucs ou les déplacer pour penser à autre chose.

Le classique par cher soupe lentilles corail, lait coco, curcuma, coriandre, rondelles d’oignons rouge, arachides concassées, top rapide, top prot.

Dans le capitalisme tardif la fin de journée est rythmée par des divertissements sur abonnements, la journée fut si stressante que la validation en sera simplifiée, rapide, pulsionnelle, l’offre est si pléthorique et les recommandations nombreuses, le niveau si élevé, une montée en gamme permanente.

Je reprends Bruit de fond de Don Delillo que j’ai commencé ce matin, lu il y a 25 ans mais aucun souvenir, une page sur deux m’ennuie, l’autre me fascine, pas si mal comme proportion.

Statistiques de la journée
marche : 20 km
calories brûlées : 1 000
protéines animales ingérées : 0
grosses flippes : 3 à 4 minutes
pages lues : 69
cigarettes : trop
alcool : 0
s’oublier en faisant défiler le fil facebook : 5 minutes (shame on me)
travailler pour TINA : 2 heures
écrire : 2 heures un roman improbable.

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#14/ Art, mode, luxe et poudre aux yeux par DeYi Studio


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#13/ Le Biòu d’or par Aurélia Zahedi


Apéritif dans la Bodéga de Pablo Romero, après l’élection du Biòu d’or, Nîmes, 2024

Monsieur Triol m’a dit : C’est comme la palme d’Or pour le réalisateur d’un film, sauf que là, c’est le Biou d’or pour le meilleur taureau. C’est l’événement de l’année pour les Courses Camarguaises.
Pas de chichi par contre. Dans ce petit bar protégé par les têtes de taureaux au mur, tout le monde est debout et tente de trouver une fenêtre pour voir le discours. Les enfants, les mamies, papis, éleveuses, éleveurs, aficionados, journalistes locaux viennent pour la même chose : connaître le taureau vainqueur 2024.
19 représentants de la tauromachie sont appelés à voter devant les spectateurs. Le public a eu son vote lui aussi la semaine dernière.
Pas de discours à la rose, de tapis rouge ou de champagne, simplement une peña (fanfare) qui joue les airs de fêtes.
Aujourd’hui, la récompense se dispute entre deux taureaux : Bohémien et Castella.
Les rumeurs racontent que Bohémien a un gros cœur, qu’il est spectaculaire, qu’il fonce facilement dans les barrières, et que son élégance le caractérise.
Castella, lui, est moins barricadier, très méchant dans son comportement, on ne peut pas l’aborder de n’importe quelle manière. Il est d’une grande intelligence. A gauche, il est capable d’actions très engagées, avec des cornes toujours menaçantes.
Moment du Dépouillement.
Silence total dans le public.
Au micro, les noms sont donnés au fur et à mesure. Ex aequo d’abord, puis Castella se démarque et arrive en tête. Applaudissements dans l’assistance d’un côté, sifflets soutenus de l’autre.
On entend crier « Mascarade ! » « Tricherie ! ». Les mécontents ne cachent pas leurs désaccords.
Comme la tradition le veut, les éleveur.euse.s de Bohémien et Castella ne sont pas venus, pour éviter le désordre. C’est aux arènes cet après-midi que nous verrons les bêtes et leurs manadiers.
L’apéritif est servi. Les discussions sont chargées de passion ; enchantement ou déception, pas de demi-mesure.


Trophée des As, arènes de Nîmes, 2024

Pour imaginer succinctement, la Course Camarguaise consiste à retirer des attributs/décorations sur la tête d’un taureau qui est en piste pendant 15 minutes. Les participants sont appelés raseteurs car on dit qu’ils « rasent » le taureau.
Les trois attributs fixés sur le taureau doivent être détachés dans un ordre bien précis, d’abord la cocarde, un bout de tissus rouge solidement fixé sur le front de l’animal, ensuite les glands : deux pompons blancs sur les cornes, puis les ficelles qui entourent les cornes de l’animal. Chaque attribut arraché rapporte de l’argent à celui qui arrive à les extraire.
La fin de la saison de la Course Camarguaise se termine par le trophée des As, moment qui réunit dans les arènes, les sept plus grands taureaux et 10 meilleurs raseteurs de la saison.
Les taureaux sont :
« Engora » (Aubanel-Baroncelli)
« Montego » (Lautier).
« Lichou » (Rambier-Cavallini).
« Castella » (Saumade), Bioù d’or 2024.
« Bohémien » (Rouquette).
« Vicaire » (Saumade).
« Redon » (Fabre-Mailhan).

Mais avant que la course ne débute, une heure de spectacle est proposée au public.
D’abord arrive la Croix de Camargue, emblème pour représenter la nation camarguaise. S’en suivent le défilé des guardians (gardien.ne.s des troupeaux), à cheval, puis des femmes dans leurs costumes traditionnels arlésiens. Dans une chorégraphie simple et précise, les figures paradent dans cette culture languedocienne provinciale. N’oublions pas le passage des chevaux de Camargue qui font leur effet, ainsi que la présence de la Reine d’Arles, fraîchement élue, représentante de cette culture par excellence. Une série de cartes postales se succèdent donc, dans une odeur d’exotisme poussiéreux. Et pourtant,… quelque chose dénote, grince même. Cette sensation est représentative majoritairement par la musique. A la suite des mélodies occitanes jouées par la peña dans les arènes, les enceintes diffusent Johny Halliday ou la B.O de Titanic réadaptée sur un air de techno. A l’image de l’huile et l’eau, quelque chose n’arrive pas à s’assembler.


Croix de Camargue, Trophée des As, Arènes de Nîmes, 2024

Trophée des As, Arènes de Nîmes, 2024

Trophée des As, Arènes de Nîmes, 2024

Trophée des As, Arènes de Nîmes, 2024

Ces spectacles qui précèdent la Courses Camarguaises existent depuis une dizaine d’année. Les aficionados me racontent que cette culture a besoin d’être mise en avant pour être reconnue. Si elle plaît au grand public, elle pourra alors être préservée. En quelque sorte, la Course Camarguaise ne suffit plus. Si le monde est trop animaliste aujourd’hui pour accueillir les jeux taurins alors peut-être que ce sont aux jeux taurins de s’adapter à son public pour survivre.
Bien sûr, toutes les cultures évoluent avec leur temps mais dans le but, semble-t-il, d’équilibrer la tradition avec le monde. Au début des années 1900, le grand manadier Fernand Granon ajoute dans les Courses Camarguaises l’air du toréador de l’opéra Carmen de Bizet par amour pour cette musique. Depuis, c’est un hommage qui lui est rendu et cette nouvelle règle intégrée garde en mémoire une figure importante de la tauromachie.

Le jeune guardian assis à côté de moi m’affirme que ce spectacle d’introduction donne de la valeur à la Course Camarguaise. Le taureau est au centre et il apporte avec lui la culture. Sans la présence de l’animal ajoute-t-il, il s’agirait de folklore.
Sur un air populiste, l’esthétique, la langue et les coutumes allègrement célébrées dans un spectacle de divertissement permettent-elle de camoufler la question animale ?
Notons que si le tourisme, ignare de la Course Camarguaise tolère, voir, participe à l’événement, c’est que le folklore réussi à noyer le poisson pour maintenir ce jeu taurin.

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#12/ Textes inédits de Jean-Marc Flahaut


le fait médias du jour
c’est ce rapprochement
entre CASH NEWS et TRASH INFO

vous le savez certainement
on vous en parle depuis des semaines
CASH NEWS serait prête à signer
un très gros chèque à son concurrent direct
pour devenir le distributeur exclusif
des prochaines attaques terroristes
qui surviendront en France
dans les dix prochaines années

le rapprochement
des deux meilleures ennemies
du Paysage Audiovisuel Français
est d’abord une alliance économique

un accord de distribution
ce n’est pas un simple rachat
cela signifie que CASH NEWS et TRASH INFO
resteront des entités bien distinctes

elles garderont leur dispositif d’antenne en l’état
mais conserveront surtout leurs droits
sur tous les événements dramatiques
qui se dérouleront en France
jusqu’en 2032

notamment les prises d’otages
et les meurtres de masse
enjeux majeurs dans la guerre
pour la diffusion des images

ce rapprochement n’est donc pas synonyme
d’une centralisation des drames
sur l’une des deux antennes
chacune restant propriétaire
de ce qu’elle possède déjà

CASH NEWS étant devenue
le seul média habilité
pour accompagner en continu
les forces d’intervention
lors des assauts menés
contre les terroristes 

TRASH INFO demeurant quant à elle
la seule chaîne autorisée
à investir avec ses caméras
tous les lieux pris pour cible
lors d’un attentat

pour bénéficier de l’offre
la plus complète possible
le téléspectateur devra donc continuer
de s’abonner à la fois à CASH NEWS
et à TRASH INFO

il lui faudra simplement
utiliser plus souvent sa zappette
pour ne rien manquer des événements
diffusés sur l’une ou l’autre chaîne

une gymnastique
donc

ce qui va changer en revanche
c’est le prix à payer
aujourd’hui un abonné
doit débourser 50 euros
pour accéder au bouquet de CASH NEWS
quant un abonné à TRASH INFO
dépense environ 35 euros en moyenne

si vous êtes totalement accro
et que vous avez souscrit aux deux offres
faîtes le calcul

avec ce rapprochement
ça devrait donc changer pour le téléspectateur
et plutôt dans le bon sens pour une fois

hier Business Magazine a annoncé
que CASH NEWS devrait proposer
une offre couplée à la baisse
autour de 60 euros par mois
la chaîne câblée ne pourra pas obliger
le téléspectateur à s’abonner à son service
si ce dernier veut seulement
pouvoir regarder TRASH INFO

en effet si CASH NEWS
devient le distributeur exclusif de la chaîne
cela signifie seulement
qu’elle empochera le montant des abonnements
qu’ils proviennent de ses propres abonnés
ou des abonnés à d’autres fournisseurs
d’accès à Internet

c’est un point essentiel
un point sur lequel
l’autorité de la concurrence
sera particulièrement attentive
elle veillera notamment
à ce que ce rapprochement
ne soit pas synonyme de vente forcée

le dossier est actuellement
sur le bureau de l’organisation anti trust
qui se prononcera bientôt
sur la faisabilité ou non de cet accord
et en premier lieu
sur la position de monopole
de cette nouvelle entité

si vous additionnez
les droits pour la couverture des attentats
détenus par CASH NEWS
et ceux détenus par TRASH INFO
cela représente 95%
de l’offre totale de programme Hard News
à la télévision

une situation inédite
qui inquiète les vidéastes amateurs
ainsi que tous les utilisateurs de téléphone mobile
témoins bien involontaires de ce type d’événements
qui négociaient en direct et jusqu’à présent
leurs droits avec les diffuseurs

ces derniers
peuvent donc craindre légitimement
la fin d’une surenchère effrénée
qui leur permettait malgré des circonstances
ô combien douloureuses
de surmonter quelque peu leur traumatisme
par une rentrée d’argent souvent conséquente

pour réaliser cette opération
rappelons que CASH NEWS
serait donc prête à débourser
une somme énorme
environ sept milliards d’euros sur 10 ans
un investissement colossal
qui n’a qu’un seul objectif
promet-on à la direction de la chaîne 

enrayer l’hémorragie
du nombre de ses abonnés


je suis resté
actif sur le serveur
46 heures
sans dormir
mes parents n’y ont vu
que du feu
j’avais pas le choix
à cause de la pandémie
il y avait
des milliers de joueurs
en ligne au même moment
fallait que j’assure
debout devant l’écran
deux jours d’affilée
pour éviter les bugs
gérer
administrer
ça m’a créé beaucoup de stress
mais contrairement à ce qu’on dit
ce n’est pas si mauvais
le stress c’est comme
un chien de garde
il aboie
nous tient éveillé
on a besoin de lui
sans le stress
l’espèce humaine aurait
disparu depuis longtemps


les binoclards et les youteubés
ça le saoule
les obèses qui militent contre la grossophobie
les trans les homos
ça le saoule encore plus
ceux qui postent des vieux mèmes sur les forums
des vidéos de chatons avec des expressions débiles
les mythos qui s’inventent une vie
les arrogants ceux qui pleurnichent
ça le saoule puissance 10000
y’a bien quelqu’un
qu’il supporte à la limite
c’est Hamza le turque
aux cheveux curly
du kebab au coin de la rue
il ne l’aime pas non plus
mais c’est le seul qui
s’intéresse à lui


stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; crise ; crise ; catastrophe ; effondrement brutal ; attentat ; attentat ; insécurité ; reprise en main ; sécurité ; équilibre ; sécurité ; retour à la normale ; stabilité ; stabilité ; stabilité ; nouvelles règles ; stabilité; stabilité ; croissance ; stabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; nouvelles lois ; endettement ; endettement ; endettement ; accumulation ; destruction ; accumulation ; destruction ; accumulation ; destruction ; endettement ; endettement ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; crise ; crise ; catastrophe ; effondrement brutal ; attentat ; attentat ; insécurité ; reprise en main ; sécurité ; sécurité ; équilibre ; retour à la normale ; sécurité ; stabilité ; stabilité ; stabilité ; nouvelles règles ; stabilité ; stabilité ; croissance ; stabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; nouvelles lois ; endettement ; endettement ; endettement ; accumulation ; destruction ; accumulation ; destruction ; accumulation ; destruction ; endettement ; endettement ; stabilité ; instabilité ; stabilité ; instabilité ; transparence ; nouvelle lois ; nouvelles règles ; sécurité ; insécurité ; ajustement structurel ; valeur ajoutée ; marché ; progrès ; marché ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; progrès ; fin du monde


quand je ne suis pas
en train d’enregistrer
des tutos bien-être
ou beauté
je cuisine
je tricote
je m’accorde une pause
Face Time
avec mes copines
je suis en shooting photo
pour un magazine
ce qui m’amuse le plus
c’est de me transformer en princesse
j’ai aussi crée
ma propre marque
de Lifestyle pour mamans
je propose
des vêtements à message
comme My Family My Team 
ou Mums Run The World
je ne participe plus
aux ateliers d’écriture en visio
la poésie romantique
n’est malheureusement plus
dans l’ère du temps
la mode actuelle
est au Raw Poem
des trucs vulgaires
qui ne parlent
que d’identité sexuelle
publiés bruts
dans le fil d’actu Twitter
une prose si on peut dire
au plus près du réel
sans retouches
ni artifices
très peu pour moi


je vais vous lire
les notifications que je reçois
sur mon téléphone

elle obtient des orgasmes sans aucun contact
à 12 ans il élève des poulets de manière intensive
ivre elle quitte son mari en plein mariage pour son beau-frère
un cheval au cœur brisé arrive dans une ferme
depuis des années un nain psychopathe vivait sous leur toit
mes parents sont handicapés et homophobes
retrouvez le plaisir de cuisiner une côte de bœuf
découvrez le premier teaser de « Rendez-vous hier matin »

n’importe quoi ces vidéos
à part la dernière
Rendez-vous hier matin
il a l’air trop bien ce film
je n’en ai vu que des extraits mais
j’ai super envie de savoir ce que ça raconte

le résumé en lui-même est déjà canon
et puis j’adore les acteurs qui jouent dedans
surtout cette meuf-là
j’arrive jamais à me rappeler son nom
mais je sais que je l’aime bien
elle est trop bonne
enfin c’est pas que pour ça
que je l’aime bien
c’est surtout ce qu’elle dégage
comment elle envoie chier les mecs
en leur balançant leurs quatre vérités
une bombe en talons aiguille super sexy
qui clashe les mâles blancs
hétéros dominants
j’adore
ça flingue

bon après c’est qu’un film hein
j’ai repéré des trucs qui vont pas
dans la bande-annonce
des choses qui ont l’air impossible
en vrai
ça m’empêchera pas de le mater
parce qu’il a vraiment l’air bien
c’est des détails mais quand même
faut que je vérifie dans Google

je rigole parce que ma daronne
dit toujours que je répète cette phrase
sans arrêt
faut que je vérifie dans Google
ben c’est vrai en plus
on trouve tout dans Google

les voyages dans le temps
c’est vraiment ma came
depuis que je suis toute petite
ça me fascine à fond
dès que je vois un documentaire
qui parle de ce sujet
je suis obligée de regarder

c’est pour ça que je pige pas
pourquoi il y a autant d’incohérences
dans les histoires
du genre 
le passé c’est du passé
et
le futur c’est le futur 
vous êtes d’accord avec moi ?
mais
le futur dans le passé
c’est du présent
et
le présent
ça devient le passé dans le futur
non ?
comme dans ce film
La planète des singes
ça se peut PAS !
c’est IMPOSSIBLE !

mais bon
Rendez-vous hier matin
franchement
il a l’air top
j’ai quand même bien envie
d’aller le voir en salle

ah ouais j’oubliais
il y a encore un truc que je trouve zarbi
dans les films qui parlent
de voyages dans le temps
c’est souvent les gens du futur
qui rendent visite
aux gens du passé
rarement l’inverse
enfin je crois

bon allez
j’arrête de vous prendre la tête
de toute manière
ce que je raconte
c’est vraiment de la science-fiction
vu que mes potes et moi
on va plus trop au cinéma


quand on était petit
certains jeux vidéos
étaient vraiment très glauques
et graphiquement faibles

de grands espaces vides
des couloirs des tunnels souterrains
ou des objets isolés au milieu d’une pièce
dégageaient un sentiment de profonde solitude

parfois j’avais cette sensation bizarre
que quelqu’un était avec moi
dans ma chambre et qu’il m’observait
c’était creepy
hyper malaisant
comme un cauchemar éveillé

les développeurs
ne s’en rendent pas compte
mais ils sont en partie responsables
de nos traumas d’enfance

dans certaines zones
on se sentait mal pour de vrai
la musique devenait si triste et si stressante
qu’on avait l’impression d’assister
à son propre enterrement

si je l’avais raconté à mes parents
ils n’auraient rien pigé
j’aurais fini chez le psy
et ça aurait été encore
plus flippant

déjà
qu’ils s’inquiètent
tout le temps pour moi
rapport au fait que
je vais plus en cours
et que je ne travaille pas

c’est compliqué
je me vois dans rien
trop de choix possibles
j’arrive pas à choisir

je vais peut-être m’engager
pour défendre mon pays
contre les terroristes
mon grand frère a fait l’armée
j’aime bien leur mentalité
tout comme
le surpassement de soi
autant physique
que mental
en plus
j’ai le sang chaud
et
je m’y connais aussi
pas mal
en armes à feu
grâce à des films
comme
Stalingrad
Fury
Patriot
et des jeux
du style
Call of duty


Jean-Marc Flahaut est né en 1973, à Boulogne-sur-Mer dans le Nord de la France. Influencé par les écrivains de la contre-culture des années soixante et soixante-dix, il est l’auteur d’une quinzaine de livres aux croisées du roman noir, du fait-divers et de la poésie. Il vit à Lille où il enseigne l’écriture créative auprès de différents publics.

http://fromyourfriendlyneighborhood.blogspot.com/
https://www.instagram.com/jeanmarc.flahaut/

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#11/ Lire écouter : les sound studies pensent le son du monde par Pierre Tenne

L’Écoute. De l’Antiquité au XIXe siècle. Une anthologie – Martin Kaltenecker (sous la direction de)
 Éditions de la Philharmonie/Éditions MF, Paris, 2024, 1354 pages, 40 euros.

Critique, n°927-928, août-septembre 2024, « Sons. De la musique aux arts sonores », dirigé par Élie During et Bastien Gallet, éditions de Minuit, 192 p., 14,5€

La chanson en trend TikTok qui passe dans les écouteurs, la reprise folk ou latine d’un tube d’Outkast qu’a prévue pour ce restaurant une entreprise de marketing sonore, la compilation de salsa portoricaine des années 60 diffusée depuis YouTube dans cette fête pour trentenaires branchés, cette acid house entendue dans une friche industrielle de banlieue, ou ces trente secondes de contrebande d’une chanson des Beatles dans une émission de téléréalité. Bien souvent, la musique s’écoute sans plus savoir qui chante, ce qui est chanté, pour qui. Soudain, un album presque trentenaire d’Oasis apparaît comme n°1 au Royaume-Uni: l’histoire musicale elle-même n’est plus pertinente pour caractériser ce qui va être écouté massivement aujourd’hui.

Le détour par l’histoire invite à comprendre autrement ce qui se joue dans l’effondrement d’une certaine culture sonore, qui reste celle qu’on met en avant dans la presse spécialisée ou les programmes des principales institutions musicales, qui semblent toujours postuler un public désireux de connaître ceux et celles qu’il écoute, de posséder une connaissance fine de leur musique, et d’accéder à leurs productions musicales (en concert ou sur enregistrement) qui soit de qualité. La somme énorme produite par les éditions de la Philharmonie et les éditions MF permet de se plonger dans une histoire de l’écoute à une échelle inédite. Anthologie de plus de 1 300 pages, qui compile chronologiquement des textes, souvent courts, permettant de saisir dans chaque contexte la matérialité et la pensée de l’écoute. Chaque texte, efficacement et brièvement introduit, offre ainsi un regard sur l’écoute qui lui est contemporaine : au XVIIIe siècle, on applaudit au concert mais pas à l’église. Durant l’Antiquité, on suppose un corps auralo-mélique, les effets harmoniques de la musique jouant sur l’harmonie du corps – théorie que l’on retrouve à la Renaissance. Au XIXe siècle, une pédagogie de l’écoute se met en œuvre, estimant que le public est à éduquer autant qu’à convaincre ou séduire.

La force de l’anthologie réside dans sa capacité à faire résonner les textes à travers les siècles et les thèmes, pour ouvrir l’histoire de l’écoute à une pluralité quasi infinie de questionnements. Boîte noire pour un travail collectif autour de ce que Jonathan Sterne qualifiait de « culture sonore » (Histoire de la modernité sonore), cette anthologie permet de donner corps à un champ de recherche important des dernières années, souvent qualifié de sound studies, qui cherche à appliquer au son les approches des cultural studies. Les textes importants de ces études ont été en France édités par les éditions de la Philharmonie, qu’il n’est guère étonnant de retrouver à la co-direction de L’écoute, ni au cœur du numéro que la revue Critique consacre à la question.

Ce numéro, dirigé par Élie During et Bastien Gallet et consacré aux « Sons. De la musique aux arts sonores » permet en effet de dresser un bilan particulièrement saisissant des apports récents sur la question du son. Dans son article introductif, Bastien Gallet évoque notamment le travail de Lawrence Abu Hamdan entre 2020 et 2022, qui a filmé les violations de l’espace aérien libanais par l’armée israélienne, pour en tirer une installation audiovisuelle (Air Pressure (A Diary of the sky)) et un site internet (AirPressure.info). Le sonic art de Lawrence Abu Hamdan permet ainsi de faire émerger ce fait qui reste masqué, y compris pour les habitants qui le subissent : il existe une « guerre qui ne dit pas son nom ».

Le son, qu’il soit bruit (la « Japanoise ») ou musique, savant ou populaire, est questionné à travers la multiplicité presque délirante de ses effets sur les sociétés où il existe. Le court essai de Peter Szendy en conclusion du numéro (« Combien d’oreilles ? La place de l’auditaire ») invite à affiner notre compréhension de l’écoute dans sa dimension politique, en introduisant la notion d’auditaire : « À l’autre qui triangule l’écoute, qui la concentre sur et la dévie de l’audiendum (ce qu’il y a à entendre), nous avons donné un nom : l’auditaire, destinataire de l’écoute ». Derrière l’idée du son, le désir d’en penser la portée éminemment politique et l’implication de chaque oreille dans les enjeux sonores auxquels elle participe.

Les textes de la revue convient aussi d’autres acteurs importants, en France, de cet élan intellectuel et académique qui tarde encore à se faire reconnaître au même titre que d’autres pans des fameuses cultural studies : Guillaume Heuguet, fondateur de la revue et des éditions Audimat ; les éditions Allia, qui publient des textes importants sur Steve Reich, Stravinsky ou la salsa. Puisque Tina est hébergée par les éditions JOU, on ne peut que regretter que les travaux de David Toop, dont Ocean of Sounds (éditions de l’éclat, 2004) est cité, soient moins mis à l’honneur alors que son recueil d’articles (Inflamed Invisible) vient d’être traduit. Pour autant, ce dynamisme intellectuel attendait une cartographie et des sources : c’est ce que viennent d’offrir ces deux ouvrages.

Les musiques évoquées en introduction de cet article, que personne n’entend mais que tout le monde écoute, sont pensées dans de très nombreux espaces de réflexion et de discussion. Dans son versant optimiste, ce dynamisme éditorial traduit un besoin partagé de reprendre le contrôle de ce que devient la musique, à une époque où elle est soumise à des transformations brutales et massives. Dans son versant pessimiste, on ne peut que constater que les livres sur la musique rencontrent un succès croissant (tout de même limité) à l’heure où les phonogrammes (disques ou autres formats) sont de moins en moins achetés, comme pour offrir un autre point de vue sur ce que subit la musique, devenant de plus en plus à lire et moins à écouter.

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#10/ Brad-erie et vide-galeries par DeYi Studio

C’est vraiment moche de jouer de mots sur un prénom ou un nom propre, ami ou pas. Pourtant nous n’avons pas su résister, quoique détestable soit le marketing des titres chez « Libération ». Bref, nous regrettons déjà ce titre idiot pour parler d’un artiste dont nous apprécions le travail, mais il nous pardonnera si nous lui envoyons demain quelques acheteurs. Nous avons reçu un mail de Brad Adkins la semaine dernière. Brad annonçait une vente directe chez lui ce week-end avant son déménagement.

Si vous lisez TINA à Portland il faut absolument vous rendre à la « Moving Sale » chez Brad Atkins, 1609 NE 114th Ave, Portland OR, samedi et dimanche, 12 et 13 octobre, de 11h à 18h, ou dès aujourd’hui de 18h à 21h.

Brad Adkins (BA) vit et travaille à Portland (PDX – code pour Portland International Airport). Habituellement il vend ses oeuvres directement sur son site web BA-PDX (www.ba-pdx.com), conçu comme une boutique en ligne saisonnière. La moitié de l’année Brad gagne sa vie comme peintre en bâtiment pour financer l’autre moitié de l’année son activité artistique. Pendant la période des chantiers il met sa boutique en pause, faute de temps pour gérer les commandes et faire les envois. Lors d’une précédente saison nous avons acheté sur son site un billet de 1 dollar, teinté en vert, vendu 20$.

La plupart des articles en vente sont des surplus d’exposition. Lorsque l’occasion se présente d’une présentation publique de son travail, Brad conçoit et produit une oeuvre pour la circonstance en fonction du contexte. La fabrication d’un objet coûte toujours moins cher s’il n’est pas unique. Passé l’évènement l’oeuvre subsiste donc comme multiple, même si l’intention n’était pas d’éditer un multiple. Et c’est grâce à la boutique en ligne que Brad s’en débarrasse et se rembourse plus ou moins des frais de production. Une manière de vider la galerie ! Il produit aussi parfois directement pour sa boutique des posters, des tshirts et des autocollants. C’est déjà selon nous admirable de désinvolture à l’égard du marché de l’art et de ses logiques spéculatives. Rien ne sert de stocker en attendant une plus-value hypothétique si vous n’avez pas l’intention, l’envie ou la compétence de vous en occuper obstinément. Plutôt que d’enfermer le travail à l’abri des regards dans un entrepôt coûteux que vous finirez par transférer à la déchetterie, mieux vaut le distribuer à prix coûtant et lui permettre ainsi de continuer à exister socialement en infiltrant quelques intérieurs domestiques et univers mentaux, où il pourra éventuellement devenir une ressource pour d’autres.

Depuis peu Brad vend aussi dans sa boutique toutes sortes d’objets de seconde main, plus ou moins étranges, et pour le moins kitch (si tant est que cette catégorie ne dénote pas le mépris de classe de qui s’estime titulaire du bon goût). C’est ce qui nous a intrigué et qui motive ce post pour TINA. Il faut bien sûr se méfier d’une interprétation qui serait biaisée par une méconnaissance du contexte et une incompréhension des enjeux locaux. Nous ne vivons pas à Portland et rien n’atteste que nos questions ici aient une résonance là-bas. Certains gestes pourraient avoir à nos yeux une signification sans rapport avec ce qui les a motivés, et l’intention qui les porte pourrait en fait contredire l’intérêt que nous y trouvons. Mais pourquoi pas finalement ? L’usage que nous en ferons dans notre environnement serait-il invalidé par l’emploi dont ils ont été animés dans leur propre écosystème ? L’intention du geste est-elle plus vraie qu’une interprétation qui ne prétend pas établir la vérité de l’intention mais esquisser la potentialité d’une lecture et d’une fonction nouvelle ? Ces précautions dites, que faire du voisinage sur les pages de la boutique en ligne de Brad des multiples qui semblent d’art et des pièces uniques qui semblent de brocante ?

Quoi de commun entre un Tshirt jaune avec l’inscription « CATS ARE NOT A MONOLITH », un dessin au crayon représentant une religieuse, signé et daté Zimmerman 1986, une fausse paire de jumelles (en fait un double flacon d’alcool, dit « barnocular ») fabriquée au Japon sous la marque « Comoys Of London », et une taie d’oreiller avec l’inscription AH sur une face et HA sur l’autre, sinon que leurs photographies cohabitent sur la même page web ? Ces quatre objets ont au moins en commun d’être vendus 60$. Et c’est précisément selon nous cette même valeur, ainsi que leur voisinage immédiat sur le site de Brad Adkins, qui en fait tout l’intérêt, dans une corrélation dévastatrice et réjouissante. Sur un même plan : un travail de Brad Adkins (la taie d’oreiller), un autre travail de Brad Adkins en collaboration avec Malia Jensen (le Tshirt jaune), un dessin d’amateur (« Sister ») et un objet trouvé (le barnocular). La rigueur d’un artiste conceptuel, l’humour crypté d’internet, l’étrangeté d’un gadget d’occasion, et la naïveté appliqué de l’art du dimanche. Tout ceci cohabite apparemment sans complexe, sans ironie, et sans arrogance ni condescendance. Ce n’est peut-être possible qu’à Portland, cela n’a peut-être aucun sens pour vous, ou peut-être n’avons-nous rien compris, mais c’est tellement, tellement, réconfortant ! Chez DeYi Studio nous rêvons de pareille désinvolture tranquille, pour nous-mêmes qui tentons laborieusement de nous extirper des logiques d’expositions, et pour tant de jeunes artistes si malheureusement professionnels au sortir du diplôme et si sérieusement crispés sur les questions de statut inculquées dans les écoles d’art.

Après avoir écrit ces lignes nous sommes retournés vérifier deux ou trois détails sur la boutique en ligne saisonnière de Brad Adkins. Vous serez certainement déçus de ne trouver plus les objets de seconde main dont nous parlons. Brad nous explique dans un mail « (…) the boot sale items went offline in preparation for the move. going to mostly populate my in-person resale shop with the boot sale items and am revising the online shop to reflect this change. tentatively planning to again host a very small selection of boot sale items at the shop. » Il faudra donc patienter pour revoir la catégorie « boot sale » ou bien se rendre en personne chez Brad à Portand ce week-end. Pour vous consoler tout de même ci-dessous un petit aperçu en vrac.

PS. Si comme nous vous demeurez perplexes en lisant « boot sale », sachez qu’il ne s’agit pas de chaussures mais de coffres de voiture. L’équivalent du vide grenier des villages ici, mais sur des parkings, au pied des voitures, Amérique oblige.
https://en.wikipedia.org/wiki/Car_boot_sale

Crédit photos : captures d’écrans ba-pdx.com

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#9/ Comment faire circuler la musique indépendante dans l’ordinaire ? par Aurélia Zahedi

Passionné de musique et Dj, un ancien meunier a imaginé comment partager et faire exister des artistes de labels indépendants. 

Après avoir travaillé plusieurs années dans une ferme biologique qui cultive et transforme le blé en farine, Christophe Armand invente un atelier de fabrication de pâtes bien particulier. Il crée une installation autour de sa machine à pâtes alimentaires qu’il appelle Le Son des Pâtes. 
Tout d’abord, il place un lecteur vinyle à l’entrée de l’appareil puis, deux enceintes de chaque côté du dispositif. Ainsi, lorsque les pâtes sortent de la machine, elles sont affectées de part et d’autre par cette musique. Parfois même, il invite un.e musicien.ne à jouer un morceau en live pendant la production. 
Sur le sachet, il inscrit alors le nom du groupe et du label qui ont accompagné cette fabrication et invite les clients à écouter le son en mangeant. 
Sur les marchés du Lot-et-Garonne, il vend ses pâtes, tamponnées par la musique. Ainsi, il nous fait découvrir ces artistes hors des sentiers battus. 

Peu de gens feraient le pas de découvrir cette musique de niche. Christophe Armand renverse alors la situation, c’est la musique qui va s’inviter dans un moment de vie ordinaire. Par son geste, il active la circulation du sensible dans l’espace du quotidien. Le repas devient l’occasion d’ouvrir un espace poétique dans un moment banal et commun. Alors, il donne à entendre des compositions étranges, particulières et inattendues. Et petit à petit, l’oreille curieuse tente l’expérience.
Notons que les pâtes et la musique, par leur caractère éphémère ont la même modalité d’existence. Seulement, la musique, qui devient un des ingrédients du repas, apporte un nouveau sens à la dégustation : l’ouïe. Les pâtes, elles, restent nourriture, mais elles portent une chose en plus qui est la valeur de l’imaginaire.

Dans cette histoire, deux mouvements essentiels se dessinent. Le premier part de la terre vers le ciel, la graine semée monte jusqu’à la musique, elle va vers la lumière, vers l’ouvert. Quant au deuxième mouvement, il se joue à l’endroit de la rencontre qui s’opère dans l’espace public du marché, entre le pastier et les clients. Dans cette conjoncture, Christophe Armand déplace la figure du Dj qui n’est plus la vedette de la scène mais qui devient le pont entre l’agriculture et la musique. C’est un geste de passeur qui rêve de montrer l’invisibilisé, ou plutôt de faire écouter celles et ceux que l’on n’entend pas.  

La semaine dernière, j’ai offert à une dame qui me logeait généreusement un paquet de pâtes pour la remercier. Je lui raconte l’histoire du Son des pâtes. Elle me dit : « Des pâtes musicales ! Merci ! Je vais inviter mes amis à dîner et nous écouterons la musique en mangeant. » Ce sera cette fois-ci Melcòr du label Le cabanon Records.  
https://lecabanonrecords.bandcamp.com/album/i-l-es

Sur l’étal Le Son des Pâtes, au marché de Villeneuve-sur-Lot, 2024

  • légende image en haut de l’article : Dans l’atelier Le Son des Pâtes, Bias, 2024

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#8/ Social AI, l’art que nous n’avons pas vu venir par DeYi Studio


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#7/ Sur quelques gestes démarquables par DeYi Studio

Monochrome noir n°5 (Manifeste), 2024, revêtement adhésif, 15,5 x 15,5 cm, UNIQLO ITALIE 2, Paris 
Monochrome fluorescent, 2024, papier fluorescent, 4 x 4 cm, rayon des farines de INDIAN SUPER MARKET, Paris