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#148/ Alerte tsunami perso, par Élisabeth Sierra

Je
suis
obligée
de
vous
dire
que
je
n’existe
pas
je
ne
suis
pas
essentielle
je
suis
invisibilisée
tant
mieux
libre
cheffe
responsable
disponible
je
sais
que
ma
recherche
me
tiens
droite
motivée
nous
allons
trouver
c’est
sûr
une
autre
manière
de
nous
organiser


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#147/ L’année sauvage (3/3) par Jean-Philippe Rossignol

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#146/ Un kilogramme d’aluminium = env. 142 canettes, par Élisabeth Sierra

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#145/ PNJ (2/2), par Éric Arlix

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#144/ L’année sauvage (2/3) par Jean-Philippe Rossignol

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#143/ Tout autour de Vermeer (11) par Christine Lapostolle

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#142/ PNJ (1/2), par Éric Arlix

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#141/ Je suis spectaculaire, par Élisabeth Sierra

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#140/ L’année sauvage (1/3) par Jean-Philippe Rossignol

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#139/ Depuis trois heures, par Élisabeth Sierra

Je suis ébullition
J’attends sous pression
Je détricote les fils de ma vie
Je sais qu’à midi pile je serai différente
Je suis disponible
Je suis assise dos à ma bibliothèque, fenêtres grandes ouvertes, rien à signaler
J’écoute les sons de l’immeuble, du dehors, rien de remarquable
J’attends sous pression
Je me pose des questions pour l’instant inutiles, devrais-je quitter cet appartement ? Ce pays ? Ce mode de vie ?
Je vide mon esprit, je me concentre sur les sons produits par le vent
J’attends
J’attends la fin d’un cycle programmé à midi pile
J’attends la fin d’un cycle programmé depuis trois ans pour midi pile, c’est long
Des nuages apparaissent, aussi rapides que Cody Rhodes, aussi sombres que Rhea Ripley
Le tonnerre, la pluie, des éclairs, aussi violents que Iyo Sky terrassant Bianca Belair
Je ferme les fenêtres, il est presque midi, un éclair s’abat sur le toit de mon immeuble, les murs tremblent, les rues deviennent rivières, les alertes météo n’avaient pas la bonne couleur
Il fait nuit je ne vois plus l’immeuble d’en face, de l’eau s’infiltre dans mon appartement par les jointures des fenêtres en bois, je sors les serpillières
Les gouttières sont saturées, les égouts sont saturés, les trafics s’interrompent
Midi pile, une série d’éclairs illumine mon appartement pendant plusieurs secondes, un effet stroboscopique d’une fête qui n’a pas eu lieu ou qui doit démarrer, un top départ ?
J’enfile mon K-Way kaki et je descends, le hall de l’immeuble est une marre ou les poissons sont remplacés par des tracts publicitaires
Dans la rue la pluie sur la taule des voitures produit une musique industrielle au volume sonore extrême, rythmée par des sirènes et des alarmes
De l’eau jusqu’aux chevilles, j’enfile mes lunettes de piscine, ma capuche de K-Way serrée au maximum, je ressemble à une grenouille géante découvrant ébahie un nouveau biotope
Les éclairs redoublent d’intensité, un nouveau record local, peut être plus
Je vois passer un cadavre de chat dans le caniveau filant à tout allure, ce n’est pas mon compagnon de déambulation, où s’abrite-t-il ?
Des clients sont bloqués à l’intérieur du LIDL, il m’observent collés à la vitre entre deux affiches d’une promo de la semaine, un nettoyeur haute pression à 79,99 euros
Je pars malgré moi dans une diatribe sur leur mode de vie, ils ne m’entendent pas, je tire la langue à la fin de mes prédictions morales, une rafale de vent plus puissante que les précédentes me propulse à terre
Je rentre chez moi, le chaos s’est éteint aussi vite qu’il est survenu, le ciel bleu et une hausse des températures quasi instantanés
Il est 13h00, mon nouveau cycle débuté depuis une heure, je me regarde dans le miroir de la salle de bains, la marque rouge vif des lunettes de piscine autour des yeux, la marque rouge vif de la capuche du K-Way formant un ovale parfait autour de mon visage
Je suis marquée à vif, mon nouveau masque, celui du rituel du chaos climatique qui vient de se dérouler
Un masque ou des peintures de guerre, je m’interroge encore quelques heures dans ma salle de bain alors que les marques rouge vif se dirigent vers le rose