On a entendu et écouté des extraits lus par l’auteur, on a entendu et écouté la musique appareillée composée par l’auteur le 18 décembre dernier, à la librairie Centrale (Paris, 3e) lors de la présentation animée par Rodolphe Perez de Bruit gris paru aux Éditions du Bunker.
On procède en deux temps deux articles. On s’intéresse d’abord à une question de structure et de forme.
Bruit gris s’ouvre sur une dédicace puis sur une citation mais aussi quelques « préparatifs » (numérotés « 0 ») à la forme déjà singulière. Succession de six paragraphes sur une seule page, chacun étant constitué de mono-ou-quelques mots séparés par des points, aucun paragraphe ne s’achevant par un point… final. Suit une double page, hommage à la page mallarméenne, motif récurrent du livre qui est autant littérature que poème, poème donc.
Viennent ensuite des parties. Une première, « Limite centrale » (page 13) , composée de douze sous-parties. Une deuxième, « Scénario général » (page 94), une troisième et dernière, « Mélancolie secondaire » (page 144).
Rapidement, du moins à la manière dont on passe parfois d’une page à l’autre, d’un texte à l’autre, d’un poème à l’autre tant chaque texte de chaque partie est poème-en-soi, on est retenu par la diversité des formes que propose le livre. Un intermède « lucratif à but non lucratif » nous attend en page 40 qui n’est peut-être pas sans autoriser quelque croisement avec Ça joue d’Antoine Hummel paru aux éditions La Tempête en 2024. À tel point que l’on peut se demander ce qu’est et ce que n’est pas Bruit gris.
« c’est une texte (une aubade) une rumeur d’intensité constante
une bouillie de voix (c’est) un refrain qui tourne
à vide un film amateur clouté mis en boucle
dans ton cerveau encéphalogramme plat bruit gris
[…]
de gouvernement c’est juste une façon de changer
de voix de sujet de visage de juridiction
d’état »
Puis la forme saisit de nouveau, le corps de police se fait plus petit, le ciblage est aussi délimitation (page 58). Et saisit encore tout autour des pages 90, le poème devient liste de quasi mot-à-mot, « Real Time © » (page 93).
Quelque chose devient filmique à l’intérieur du « scénario général » sans que cela soit caché, « Ici, repenser à un film sans dire son nom » (page 95). Une forme nouvelle apparaît dès lors, suite deux-à-deux de vers d’un mot et de quelques autres. Chaque poème compte pour un et pour tout un poème. La question du montage survient, « matière noire du poème rescapé […] montagne parallèle plein de bruit » (page 120). Et l’on rit, par la forme et par la fond, « […] se chante rien n’aura eu lieu queue » (page 130) alors que les vers sur la page commencent à se raréfier, à diminuer de nombre, tendance à la décroissance, réflexion sur l’économie du poème, juste au moment de conclure la deuxième partie.
En dernière partie, toute chose égale par ailleurs ou toute proportion gardée, on revient à la forme initiale, celle des débuts de la première partie. On se souvient aussi que Gilles Amalvi a expliqué quelque chose du genre: le texte originellement aurait pu être celui d’un roman. Il en est un, à sa manière. Les références, à Bataille, à Vian, affleurent parfois. La musique reprend ses droits sur le cinéma. Mais la variété de forme continue à « pas feutré » (page 158) par tel ou tel « poème cognitiviste », on pourrait même y voir des ensembles plus ou moins bijectifs. Les titres défient tout horaire, « 23H10 #1 » (page 164) jusqu’à ce que:
« on laisse la radio en marche
on laisse la cassette
tourner »
On pressent une urgence. En étant incertain qu’elle soit effective.

Bruit Gris, Gille Amalvi
décembre 2025, 180 pages, 18 €
éditions du Bunker
https://www.editionsdubunker.com/bruit-gris
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