Parce que toutes vos données sont accessibles. Parce que quasiment rien n’est désormais privé. Parce qu’un policier peut prendre votre smartphone pour regarder dedans. Parce que l’Europe est en danger. Parce que ce message codé ultra simple que nous vous proposons n’a pas été décrypté par chat gpt (incroyable non ?) Parce que le ministère de l’intérieur aimerait bien lire vos mails Parce que nous ne sommes pour rien dans le piratage de sa messagerie. Parce qu’être critique devient suspect partout. TINA vous propose un message à déchiffrer.
Le 1er mars 2026 à 8h00 découvrez sur cette page le message TINA à déchiffrer et envoyez votre réponse à contact@editionsjou.net le ou la première à déchiffrer le message TINA reçoit TINA 1 en cadeau le ou la deuxième à déchiffrer le message TINA reçoit 3 badges TINA le ou la troisième à déchiffrer le message TINA reçoit 2 badges TINA le ou la quatrième à déchiffrer le message TINA reçoit 1 badge TINA
Le message sera affiché le 1er mars 2026 à 8h00 sur cette page. Le message : ………………………………………….
à lire Simon Singh, Histoire des codes secrets, de l’Égypte des pharaons à l’ordinateur quantique, Le Livre de poche
Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 16 décembre 2017
Je lis dehors même en hiver, même quand le froid me gèle les doigts. J’aime l’idée qu’un livre puisse réchauffer davantage qu’un café. Les bancs publics ont toujours été mes bureaux provisoires. Je choisis celui qui regarde le vide plutôt que la foule. J’ai appris à supporter les pigeons, à ne plus sursauter lorsqu’ils s’approchent de moi. Le gris du ciel ne me décourage pas, il apaise mes pensées. On m’a déjà dit que lire ainsi, au milieu du passage, me rendait invisible. J’y trouve une forme de liberté. Les graffitis sur le bois m’amusent, comme si les autres avaient laissé une trace de leur propre passage. Je crois que j’ai plus souvent lu assis qu’allongé. Les bibliothèques me rassurent, mais c’est dehors que je me sens le plus concentré. Je garde toujours un livre dans mon sac, parfois deux, par peur de manquer de lecture. J’ai la manie de relire le même paragraphe plusieurs fois, sans que personne ne s’en aperçoive. Je ne retiens pas les intrigues, mais les phrases qui résonnent entre elles. Les bruits de pas, le crissement des semelles sur le trottoir sec, m’accompagnent comme une ponctuation. Je ne parle jamais à ceux qui s’arrêtent pour me regarder lire. Le monde extérieur devient plus flou dès que j’ouvre un livre. J’ai peur que mes yeux se fatiguent trop vite. Les bancs froids m’engourdissent, mais je n’y pense plus une fois plongé dans la lecture. Je ne sais pas si je lis pour fuir ou pour attendre. Le vent tourne les pages à ma place, parfois trop vite, comme s’il voulait m’empêcher de rester. J’ai oublié combien d’heures j’ai passées ainsi, sans bouger, àlaisser passer les saisons. Les passants m’effleurent, ils ne me voient pas. J’ai toujours rêvé d’écrire un livre que quelqu’un lirait dehors, dans cette position inconfortable. Je préfère les chapitres courts, qui s’interrompent comme une marche suspendue. Le froid donne aux mots une intensité particulière. J’aime la compagnie des feuilles mortes, elles me rappellent l’automne de mon enfance. Je crois que je lis pour me souvenir. Le banc est mon refuge provisoire, mon adresse sans maison. Je ne cherche pas le confort, je cherche le silence intérieur. Chaque livre que je finis ici reste lié à la couleur du ciel. Je ne suis pas sûr de comprendre ce que je cherche en ouvrant ces pages, mais je continue. Lire dehors, c’est m’exposer aux regards sans rien livrer de moi.
Révolution 2 TINA Le dimanche 16 août 2026 Venez marcher avec TINA marche libre sans objectif 34 kilomètres autour de Paris par le boulevard des Maréchaux.
Portable Sculpture, 2024-2025 (extrait), par François Trézin La camionnette JinLong est stationnée. Une grande boite noire en tissu est déployée. Un fond en patchwork d’emballages argentés est installé et des flashs sont mis en place. Les sculptures sont à disposition sur une table devant le studio itinérant. Les gens approchent, choisissent des objets. La prise de vue commence. On joue le jeu et on repart avec un tirage papier de son portrait.
Mon travail artistique explore la fluidité et la continuité entre humains et non-humains. C’est un sujet essentiel de notre époque, qui se situe au cœur de toutes les « -sations » qui façonnent le monde tel qu’il est aujourd’hui : modernisation, industrialisation, mondialisation et colonisation.
Quand je dis non-humains, j’entends toutes les existences de ce monde, vivantes ou non, en contact avec les humains ou non : animaux, plantes, microbes, roches, rivières, étoiles, galaxies, lumière, poussière. Quand je parle de fluidité et de continuité, il s’agit de la manière dont nous nous identifions et dont nous nous plaçons : faisons-nous partie de la nature ou non ? Nous sentons-nous inclus, reliés, acceptés par l’environnement qui nous contient physiquement ? Sommes-nous parmi ou au-dessus ? Ressentons-nous une profondeur égale en nous-mêmes et dans l’arbre devant nous, ou dans le chat miteux du quartier qui vient de perdre son combat ? Ou encore dans un vieux fût de pétrole sur un port, dans le vent solaire qui effleure notre planète à son point d’approche ?
Il s’agit de respect et d’empathie, et en même temps, d’aller au-delà. Aujourd’hui la majorité des humains ont hérité d’une opposition entre Nature et Culture, issue du courant de pensée occidental né de la rencontre entre la philosophie grecque et la transcendance des monothéismes. Cette opposition engendre à son tour une hiérarchie et nourrit la tendance à considérer les non-humains comme des objets plutôt que comme des sujets. Si les humains pouvaient comprendre que nous sommes en réalité parmi et non au-dessus, la modernisation, l’industrialisation et la mondialisation ne conduiraient pas nécessairement à l’exploitation. Si certains humains avaient compris qu’ils étaient parmi et non au-dessus, la colonisation n’aurait jamais eu lieu.
Au-delà du respect et de l’empathie, je cherche une réconciliation, une expérience authentique du fait de vivre comme partie intégrante d’un tout. Un tout inséparable, harmonieux mais diversifié, qui te contient, me contient, nous contient, tout autant que les tulipes sur ma table et le filet de poisson dans ton réfrigérateur ; l’argile qui a formé la brique de ma maison et la sève de caoutchouc devenue pneu de ta voiture ; l’eau qui coule dans le ruisseau des hauteurs et les eaux usées du restaurant voisin ; les corps célestes qui nous offrent lumière et chaleur, rythme et poésie ; et le virus qui tue.
Toutes les existences de notre espace-temps forment un réseau de continuité qui scintille dans une dynamique constante. Nous sommes tous liés par une immense toile dont j’ignore le nombre de dimensions, où les frontières s’estompent, les éléments sont interdépendants et s’enchevêtrent.
Or, il ne s’agit pas seulement de la question des existences physiques, souvent envisagées par un regard utilitariste selon lequel le manque de respect envers l’environnement se retournerait tôt ou tard contre l’humain. Il s’agit d’une question d’état d’esprit, d’une manière de nous identifier au plus profond de nous-mêmes. Dans la philosophie taoïste, 天 (« Ciel ») symbolise l’existence collective de tout ce qui se trouve au-delà de soi, tandis que 人 (« Humain ») désigne l’ego individuel. La conscience humaine nous sépare du monde, et la création artistique est le chemin d’une possible réconciliation et réunion entre l’humain et le ciel (天人合一). Par la beauté nous vivons et par la poésie nous entrons dans une voie lactée de nuances où nous pouvons décortiquer notre présence humaine, voyager au loin et nous laisser émerveiller.
Si la création est l’ouverture de soi au monde à travers la révélation d’un point de vue singulier, il semble naturel que, dans mon travail, je dévoile des humains à double existence, qui vivent une continuité au-delà de leur être physique. Les humains peuvent être à la fois arbres, oiseaux, poissons, dragons, roches, bâtiments, eau qui coule, air glacé et tout ce qui se situe entre les deux. Et, en retour, ils peuvent devenir nous. Cela reflète ce qui se passe dans ma vie et dans ma manière de voir le monde : à travers de multiples temps, de multiples lieux, de multiples identités, de multiples espèces. Échange, mélange, transition, entre-les-lignes, hors-champ. Non pas omniprésent, mais ubiquitaire.
Simple Music 2022 Tirage de photo sur papier semi-brillant, installation sonore 80*30cm, bande de son 0’50” En collaboration avec Aya KITAOKA https://leechia.net/simplemusic
Hier matin j’étais couché dans mon lit dehors il pleuvait et il faisait froid j’avais décidé de me lever tard je lisais tranquillement à la lumière de ma lampe de chevet un roman policier de Richard Stark. C’est l’un de mes auteurs de romans noirs préférés.
Tout à coup un bruit violent sur ma tête un choc violent l’angle d’une planche de bois me heurte le crâne mon menton tout éraflé la lumière coupée. Je panique trois secondes dans le noir le temps de comprendre que c’est une étagère de la bibliothèque (fixée au-dessus de la tête du lit) qui vient de céder sous son poids et de me tomber dessus dans mon lit.
C’est l’étagère sur laquelle j’avais rangé récemment les livres de philosophie qui vient de céder. La philosophie m’est tombée sur la tête.
Les Mots et les Choses La Volonté de savoir Surveiller et punir L’Usage des plaisirs Le Souci de soi de Michel Foucault me sont tombés sur la tête (Foucault, c’est des gros livres, ça fait mal)
Chaosmose de Felix Guattari Le Bouc émissaire de René Girard La Tentation nihiliste de Roland Jaccard Quelque part dans l’inachevé de Vladimir Jankélevitch ils sont tombés sur ma tête !
Les fondements de la métaphysique des mœurs de Kant La Reprise de Kierkegaard Recherches pour une sémanalyse de Julia Kristeva La mort et le temps d’Emmanuel Lévinas sont tombés sur ma tête.
Il y a même La Barbarie à visage humain de Bernard-Henri Lévy qui m’est tombée sur la tête !
Et c’est pas tout : De la Nature de Lucrèce, La Condition post-moderne de Jean-François Lyotard, Le Prince de Machiavel, c’est tombé sur ma tête
Pensées pour moi même de Marc-Aurèle, Le Marxisme soviétique de Marcuse, Travail salarié et capital de Marx, L’image peut-elle tuer ? de Mondzain, Les Essais de Montaigne, Je les ai reçus sur la tête.
Le Gai savoir de Nietzsche vlan ! sur ma tête !
Heureusement que tout le rayon philo n’est pas tombé, mais seulement de la lettre F à la lettre N, (je les range sur les étagères par ordre alphabétique). Sinon j’aurais reçu Agamben, Aristote, Barthes, Benjamin, Birnbaum, Deleuze, Descartes ! J’aurais pu être blessé gravement, j’aurais pu mourir, ou garder des séquelles au cerveau, causées par la chute de toute cette philosophie sur ma tête.
Et pourtant je ne les avais pas tous lus, ces livres, moi. Certains, oui, mais d’autres seulement quelques pages, un chapitre, des extraits, parfois même uniquement la 4e de couverture…
J’ai fini par comprendre qu’il y avait une leçon à tirer de tout cela : la philosophie, c’est important mais si on veut tenter de penser par soi-même sans déléguer aux autres sa pensée il faut conserver vis-à-vis d’elle un rapport de possible égalité. La philosophie il ne faut pas la placer trop haut et pas sur les étagères au-dessus de la tête de son lit.
Michel Dupuy travaille à partir de matériaux trouvés qu’il s’approprie. Il en fait des performances, des images de dessins, des peintures, des textes, des photos. @michel__dupuy
Après 16 mois d’existence, 199 articles, 1 numéro papier diffusé et 2 numéros en préparation, 6 événements, TINA fait un petit point, en treize définitions et quelques notes.
Art Une fonction adaptative de l’espèce humaine. Inventer des univers parallèles pour supporter la vraie vie et à terme la rendre obsolète.
Collectif Agrégat mouvant d’individus qui acceptent de mettre de côté un peu d’eux-mêmes pour gagner un horizon commun. Une redistribution des forces, des élans, ce qu’on ne pourrait pas porter seul.
Composite Loin du mythe de la création collective et consensuelle, une dynamique d’agrégation hétérogène et transitoire pour bousculer les routines individuelles sans brider les intuitions personnelles fragiles et indiscutables.
Contrebande Les espaces protégés, autrefois dédiés à l’art et aujourd’hui colonisés par le luxe, doivent être abandonnés à l’ennemi. L’art sera désormais exposé à l’épreuve du quotidien sans être déclaré.
Fediverse Toujours préférer les protocoles d’échanges communs, interopérables et peer to peer, aux plateformes et à leurs nouvelles enclosures. Echapper à la captation de nos données (entraînement des IA, profilage commercial et policier). Tenter de renoncer aux services gratuits des GAFAM (gmail, youtube, instagram, etc.) et se tourner vers les équivalents du libre.
Fiction Effraction du réel permettant de révéler ce qu’il contient de plus vrai. Des images, des voix, des points de vue pour créer des mondes, nos possibles, nos impasses, nos contradictions.
Ligne Tina comporte une revue en ligne qui reflète sa ligne faite de l’entrecroisement des lignes de conduite et des lignes écrites de celles et ceux qui y participent. «La ligne est un mouvement, un développement. Comment se fait-il que tant de lignes auxquelles nous sommes confrontées aujourd’hui nous semblent si statiques ? », écrit Tim Ingold dans son introduction à Une brève histoire des lignes.
Marche Nouveau réseau social non-numérique créé par la revue TINA mis en connexion une fois par mois pour un nombre d’individus soucieux de réinvestir le réel, de se ré-armer, d’appréhender le réel par les pieds.
Non Court-circuit volontaire. Refus comme énergie positive, pour fissurer l’ordre établi, ouvrir un passage. Interrompre le mouvement général, en dévier le cours, pour inventer d’autres possibles. Terrible parole que le NON ! Elle n’a ni endroit, ni envers… Rien ne peut la modérer, aucun art ne peut l’adoucir… Enrobez tant que vous voudrez un NON, il sera toujours amer, dorez-le autant que vous voulez, il sera toujours en fer… (Sermon du jésuite portugais António Vieira cité par Manoel de Oliveria dans son film « NON ou la vaine gloire de commander »)
Pertinence Critère d’auto-évaluation. Moins galvaudé que « l’impertinence » médiatique. Tout de même, ne pas dramatiser. Rester libre.
Politique Tout. Face à la déferlante anti-politique garder néanmoins son sang froid. Re-politiser sans recours excessif à un langage calibré pour cet usage. Éviter la sclérose. Inciter à la réflexion.
Revue Objet périodique, instable et versatile, où se mêlent images, textes, gestes et prises de position. Un laboratoire d’idées, de création, un lieu de friction où la pensée collective se matérialise.
Veille Attention quotidienne à la langue des winners et des winneuses, aux fanfaronnades des néolibéraux techno, aux petites vérités factuelles entre deux discours creux dans les organes de communication dominants, aux petites absurdités qui font la grande catastrophe. S’il faut parler d’ennemi, garder d’abord un œil sur son ennemi intérieur.
Notes :
Un visage pour TINA, non merci, sauve-qui-peut. Dans un grand moment de détresse de quelques secondes TINA a osé interroger Chat GPT.
Badge Forme vintage choisie par TINA pour des affichages personnels et nomades de prises de positions politiques ou de slogans à triple sens.
Les réseaux sociaux et TINA Comment gérer cela ? Mastodon est génial mais il n’y a pratiquement personne, sur Bluesky TINA est totalement invisible, Instagram (depuis 5 mois) est le canal le plus efficace mais éthiquement ce n’est pas tenable, TINA cherche une alternative.
79 auteur.e.s ont participé à TINA online et TINA papier avec des contributions inédites et non-rémunérées, un grand grand merci.
TINA remercie Johan Faerber pour son ITW de TINA dans Collateral et le débat au salon de la revue. Cécile Paris du PAN café qui avait accueilli le premier évènement TINA (#01). Jean Delaroche le debugger wordpress de TINA. Toutes les personnes qui sont venues aux évènements TINA. Les lecteurs et lectrices de la revue online et papier.
Boulevard de la Villette, Paris 10ᵉ, le 5 décembre 2017
Je marche vite quand je suis pressée mais je ralentis toujours devant les chantiers, je pourrais rester des minutes entières à regarder une pelleteuse pivoter, creuser, rejeter la terre, à observer le ballet des ouvriers au travail, comme si leur mouvement répétitif m’apaisait, je n’ai jamais su expliquer pourquoi. Je travaille dans une petite société informatique, dans laquelle je suis secrétaire. Je collectionne les petits sachets de sucre qui accompagnent les cafés que je commande, je ne les ouvre jamais, je bois mon café sans sucre, je les accumule dans un tiroir sans raison valable. Je n’ai jamais aimé le goût de la banane, même enfant, même dans les gâteaux. Dans la boulangerie de l’autre côté du boulevard, je doute qu’il y ait encore des baguettes épi comme celles que je mangeais dans mon enfance. J’aime entendre mon prénom prononcé par des personnes que je viens de rencontrer ou que je connais à peine, ils vibrent entre leurs lèvres dans une étonnante tessiture qui me trouble. J’aime le bruit des glaçons dans le verre en carton du Mac Do, le son se transforme en fonction du volume qu’on est en train de boire. Manger en extérieur c’est une expérience courante dans mon pays d’origine, ici c’est plus compliqué, les gens vous regardent de travers comme si vous mangiez dehors parce que vous n’avez pas de chez vous. Je bois trop de café, certaines nuits je me réveille dans mon lit, avec l’énergie que j’ai en pleine journée, l’esprit vif, déterminée. Je fais trop vite confiance aux gens qui me sourient, j’ai tendance à tout leur passer. Je dors avec la fenêtre entrouverte même en plein hiver, j’ai besoin de sentir l’air circuler autour de moi pour pouvoir m’endormir. Je me récite parfois les capitales du monde dans l’ordre alphabétique pour calmer une angoisse qui monte. Je me trompe souvent mais ça n’a aucune importance. Je n’aime pas qu’on me demande de choisir un plat pour les autres au restaurant, pourquoi devrais-je décider à leur place ? J’ai la manie de passer ma main dans mes cheveux quand je réfléchis. Je déteste ma voix enregistrée, comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre. Je garde dans une boîte les tickets d’entrée des musées que j’ai visités, je ne les regarde jamais mais je ne parviens pas à les jeter.
L’été, je supporte assez bien la chaleur, mais si je bois un verre d’eau trop fraîche, ma gorge se serre et je me mets à tousser. Je n’aime pas ne pas terminer mon assiette. La toponymie des villes me fascine. Je ne fume plus depuis la naissance de ma fille aînée. Je regarde défiler les nuages dans le ciel. Lorsque je me contemple dans le miroir, c’est le visage de mon père que j’y vois. Les femmes que je désire ne se ressemblent pas, je n’ai pas de type de femmes. Je ne mange que des glaces à l’eau, parfois des sorbets. Je ne me lave que tous les deux jours. Je ne supporte pas la margarine. J’ai le sens de la répartie. J’aime jouer avec les mots. Mes yeux ne sont pas formés de la même façon, le gauche est un peu plus gros que le droit. Dessiner des ronds ou des ellipses sur une feuille de papier me détend. Je collectionne les cartes à jouer trouvées par terre dans la rue. Je note tous mes rêves dans un carnet mais je ne le relis jamais. Quand j’entends le mot consigne, je ne pense pas comme ceux qui écrivent à l’écriture d’un texte à contrainte, mais aux bouteilles qu’on rapportait dans ma jeunesse pour leur recyclage. Je préfère les chiens aux chats même si je n’ai aucun animal domestique chez moi. J’allume souvent la télévision en fond sonore. Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec une prostituée, l’idée même me révolte. Je suis attirée de plus en plus par des femmes plus jeunes, sans parvenir à savoir ce qui m’attire en elles. Je ne peux pas aller à la mer sans m’y baigner, quelle que soit la saison et la température de l’eau. Je redoute l’arrivée de l’hiver. Je n’ai jamais fait grève. Je ne suis jamais allé en Turquie. Dans la rue, il m’arrive de parler seul à voix haute. Il m’arrive aussi de m’amuser à marcher les yeux fermés en essayant de tenir le plus longtemps possible. J’aime me lancer des défis. Au Japon, une légende raconte que les objets qui atteignent leur centième anniversaire peuvent prendre vie. On les appelle les tsukumogami. J’ai été objecteur de conscience, aujourd’hui plus personne ne sait ce que ça signifie. J’aime la bière et le vin blanc. J’ai peur de vieillir, mais mourir me semble inéluctable.
Je voudrais arrêter de travailler.
Je me coupe toujours les ongles des pieds trop courts, au point d’avoir parfois mal quand je marche. J’allume rarement des bougies mais j’aime sentir l’odeur de la fumée quand on les souffle. J’ai longtemps cru que j’étais doué pour le dessin avant de comprendre que j’avais surtout le sens de l’observation. Dès qu’il fait beau, je ne porte plus de chaussettes dans mes chaussures. Lorsqu’un problème de connexion survient dans mon immeuble, je me sens soudain démuni sans connexion. J’imagine aussitôt la ville plongée dans le noir sans électricité, dans l’impossibilité de communiquer, de s’envoyer des messages, de se téléphoner, d’échanger en ligne, de se connecter. Je pourrais prendre un livre, mais quelque chose m’en empêche tant que le problème n’est pas réglé à la maison. Il m’arrive d’aller dans un restaurant de mon quartier, parce que j’y suis le plus souvent le seul client et que la patronne m’accueille comme si la salle était comble. Pour elle, je continue d’y aller même si la cuisine de son mari n’est plus aussi bonne qu’avant. Ce n’est pas le soleil que j’aime, c’est la lumière du soleil, en été comme en automne, au printemps comme en hiver. Je ne porte jamais de montre, je préfère regarder l’heure sur mon téléphone. Je ne suis pas superstitieux mais je touche du bois assez souvent, c’est un réflexe hérité. Le regard insistant d’une femme peut me faire rougir. Je parle trop vite quand je suis nerveux. Je suis incapable de siffloter, ça sort toujours un peu de travers. Je m’endors mieux dans le train qu’à la maison, sans doute à cause du roulis des wagons. Je garde les sacs en papier des boutiques où je suis allé, je ne parviens pas à jeter les stylos qui ne fonctionnent presque plus. Je fredonne des chansons dont j’ai oublié depuis longtemps les paroles. Je commence chaque année un agenda que j’arrête d’utiliser au bout de trois semaines. Je me dis souvent que je vais changer, que je vais simplifier les choses, et je finis par recommencer exactement comme avant.
L’évènement #06 de la revue TINA intitulé MIL#M à eu lieu le samedi 29 novembre 2026 de 15h à 18h. Avec les interventions et lectures de Lee Chia, Antoine Dufeu, Julie Vayssière, Héloïse Aloncle, Pierre Ménard, DeYi Studio, Élisabeth Sierra, Frédéric Arnoux, Marie Glaize, Christine Lapostolle, Frédéric Moulin, Éric Arlix.
14h37 qui va venir avec ces conditions météo défavorables ?
interventions de 1 à 4 minutes, ici Marie Glaize
une photo à faire, un QR code à suivre, un signe à trouver